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Dominique Buinier (Octo Technology) : « L’entreprise doit favoriser l’initiative individuelle et la collaboration collective »

Une photo de Dominique Buinier
© USI

La question de l’engagement en entreprise devient un enjeu presque aussi important que la recherche du profit. Les entreprises doivent agir au-delà des apparences pour motiver leurs collaborateurs et rester compétitives.

Protéger la biosphère, s’engager pour le progrès social ou accompagner ses collaborateurs dans la transition écologique… Autant de sujets qui prennent aujourd’hui une place centrale en entreprise. De l’introduction de la loi Pacte en France en 2019 à la future adoption européenne du principe d’écocide dans quelques mois, les entreprises sont encouragées voire obligées par la réglementation à prendre en compte leurs impacts sociaux et environnementaux. Cependant, pour éviter le greenwashing, il est essentiel que cet engagement soit sincère. Il implique à la fois l’entreprise dans son ensemble et chaque individu qui la compose. Interview avec Dominique Buinier, Chief sustainability officer au sein du cabinet de conseil Octo Technology, qui défend l’idée que l’entreprise est un levier puissant de changement socio-environnemental.

La notion d’engagement est de plus en plus mise en avant par les entreprises. Est-ce un engagement collectif ou individuel ?

Dominique Buinier : L’engagement au sein d’une entreprise implique à la fois un engagement collectif et individuel. En 2019, la France a promulgué la loi Pacte, qui permet aux entreprises d’adopter une raison d’être et de devenir, éventuellement, société à mission. Cette loi a modifié la définition de l’entreprise dans le Code civil en lui donnant une dimension plus humaine. Désormais, les entreprises sont incitées à prendre en compte l’impact environnemental et sociétal de leurs décisions, bien que cela ne soit pas encore une obligation. Des études démontrent également que plus les collaborateurs sont engagés dans cette démarche, plus l’entreprise est saine et prospère. Avant de pouvoir agir sincèrement dans une entreprise, il est donc crucial de provoquer un changement dans sa propre vie et de comprendre réellement les problèmes. Sinon, les actions des entreprises risquent de se limiter au « greenwashing« .

L’un est-il possible sans l’autre ?

D.B. : L’entreprise doit créer un environnement propice à l’initiative individuelle et à la collaboration collective. De plus, il est important de créer des espaces permettant aux employés de s’exprimer et de prendre des initiatives collectives. Pour réussir la transition écologique, notamment, il est crucial d’impliquer l’ensemble des employés et de les former de manière approfondie. L’entreprise doit permettre aux individus de s’approprier les problèmes et de proposer des solutions. La direction doit aussi assumer son devoir d’exemplarité et reconnaître l’importance de sa contribution. En matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, elle doit par exemple limiter les voyages en avion non essentiels.

Ces valeurs et cet engagement se traduisent-ils en entreprise de la même manière que dans la sphère personnelle ?

D.B. : Les valeurs et l’engagement se reflètent à la fois dans la sphère personnelle et en entreprise. Une fois que l’on prend conscience du changement climatique, on ressent l’urgence d’agir et cela se traduit dans notre travail. Nous en discutons avec nos collègues et essayons d’apporter des changements au sein de notre entreprise. Cette prise de conscience nous inspire également des idées pour notre vie personnelle. Si nous n’agissons pas en accord avec nos valeurs, cela entraîne un malaise. Il est important de combiner les actions individuelles et collectives pour effectuer une réelle transformation.

Ce besoin d’engagement est-il vraiment nouveau ?

D.B. : Encore aujourd’hui, il y a un vrai manque d’importance accordée à l’individu et aux idées novatrices dans de nombreuses entreprises. On constate une approche managériale traditionnelle qui limite les initiatives et ne favorise pas la culture de l’échange. Cependant, il est crucial de reconnaître que de bonnes idées peuvent émerger partout, indépendamment du niveau hiérarchique ou de l’expérience. Cela soulève des nouvelles questions sur la vision de l’entreprise et son rôle : est-ce uniquement la recherche de profits pour les actionnaires ou existe-t-il une finalité plus noble et un impact social et environnemental à prendre en compte ? Ces questions-là sont en effet nouvelles.

Les entreprises doivent-elles mener de front un engagement social et écologique ?

D.B. : Les dimensions sociale et écologique sont étroitement liées et imbriquées. L’habitabilité de la planète pour tous est essentielle, au-delà de sauver la planète elle-même. Les questions environnementales et sociales sont interdépendantes, comme en témoigne la crise des « gilets jaunes ». Les enjeux socio-environnementaux doivent être abordés conjointement. La crise actuelle est d’ailleurs à la fois sociale et environnementale. Il est crucial de comprendre que notre impact sur l’environnement affecte directement l’humanité dans son ensemble.

Quels conseils donner aux entreprises qui souhaitent s’engager ?

D.B. : Tout d’abord, examinez les changements déjà effectués et envisagez ceux à venir, en mettant l’accent sur votre propre leadership. Montrez votre transition personnelle et parlez-en avec humilité et vulnérabilité, même si vous n’avez pas encore tout maîtrisé. Créez un espace de discussion au sein de l’entreprise pour favoriser l’apprentissage et la formation mutuelle. Enfin, établissez des alliances en-dehors de l’entreprise en rencontrant d’autres chief sustainability officers (CSO) et en participant à des communautés externes. Ces conseils vous apporteront des idées, de l’énergie et renforceront votre position en tant que leader engagé.

Biographie

Dominique Buinier est ingénieure de formation et a travaillé dans le secteur de l’IT toute sa carrière. Après 10 ans chez IBM, elle rejoint Octo Technology où elle officie depuis plus de 20 ans. Elle cumule deux postes : Directrice des Opérations et Directrice RSE (CSO). Elle est également coach professionnelle certifiée pour accompagner les entreprises dans leurs transitions.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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