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Les actionnaires activistes, nouveaux hérauts de la responsabilité des entreprises ?

Les actionnaires activistes engagent un véritable bras de fer avec les entreprises
© simarik via iStock

ONG, fonds d'investissement et entreprises engagées se regroupent dans des coalitions inédites d'actionnaires activistes. Le but ? Influer sur la stratégie climatique des entreprises.

À l’heure des assemblées générales d’actionnaires, certains dirigeants ont des sueurs froides. Un bilan financier catastrophique à défendre ? Non, loin de là. Certains sont la cible d’activistes qui utilisent les AG a minima comme des tribunes de leurs engagements. Voire comme des outils pour influencer la stratégie de développement des entreprises. Aux AG, les résolutions déposées pour peser sur les stratégies climat des grands groupes se multiplient.

Un mode d’action, baptisé say on climate, qui n’est pas nouveau mais qui a connu un tournant cette année. « On voit des coalitions d’actionnaires se former pour déposer des résolutions sur le climat en AG, observe Anne-Cécile Gaillard, CEO du cabinet de conseil Medicis, qui accompagne de grandes entreprises dans les situations de conflit activiste. Les groupes ne peuvent plus refuser ces résolutions, défendues par des ONG mais aussi des fonds d’investissement. » Chez TotalEnergies, la coalition d’actionnaires minoritaires revendique détenir 10% du capital de l’entreprise et a déposé plusieurs questions concernant la stratégie environnementale du groupe en vue de l’AG du 26 mai.

Un contexte favorable et des outils juridiques

Ce tournant résulte indirectement de « la déclaration d’engagement de grands investisseurs en faveur du climat à l’issue du Sommet Action Climat, organisé par l’ONU en 2019, qui s’inscrivait dans la lignée des Accords de Paris », note Anne-Cécile Gaillard. L’Alliance des propriétaires d’actifs, initiée notamment par Allianz et la Caisse des Dépôts, s’est ainsi engagée vers une neutralité carbone de son portefeuille à horizon 2050. Ce qui a rendu les investisseurs plus vigilants aux stratégies climat de leurs participations. Les entreprises sont donc prises entre deux feux. Celui des banques, « elles-mêmes sous pression de leurs parties prenantes concernant les financements qu’elles accordent ». Et celui de leurs actionnaires les plus importants, « dont les votes en termes d’ESG sont particulièrement scrutés ». Ces nouveaux activistes prennent désormais position aux côtés des ONG, engagées de longue date sur ces sujets.

Leur regard critique est également facilité par le développement des outils à leur disposition. Technologiques, d’abord, puisque « les banques ont développé leur méthodologie et leurs capacités de calcul de l’impact climatique des financements qu’elles octroient », remarque l’experte. Mais aussi juridiques, avec l’apparition en 2017 dans la loi française du devoir de vigilance, qui se déclinera bientôt au niveau européen.

De modestes réussites… avant de grandes victoires ?

Mais réussissent-ils seulement à faire bouger les lignes, ces hérauts de la responsabilité ? « Oui, certaines campagnes activistes ont fonctionné, tranche la CEO de Medicis. On l’a vu chez ExxonMobil, en 2021. Le fonds Engine No.1, actionnaire à 0,02%, a demandé à Exxon d’accélérer sa stratégie de transition énergétique. Il a réussi à remporter l’adhésion d’actionnaires de premier plan comme BlackRock, Vanguard, State Street… In fine, Engine a réussi à faire élire 3 administrateurs au board d’Exxon, ce qui est un véritable tour de force. »

Ce qui témoigne de l’importance accordée désormais à ces campagnes par les dirigeants. D’autres entreprises, comme Vinci, qui a été la cible plusieurs années durant du fonds TCI Fund Management Limited, préfèrent ainsi déminer le sujet en inscrivant elles-mêmes le sujet climatique à l’ordre du jour, pour court-circuiter toute velléité activiste. « Cela montre que ces campagnes peuvent faire évoluer les stratégies des entreprises à long terme. Elles favorisent la prise de conscience au niveau du management et des autres actionnaires », affirme Anne-Cécile Gaillard. Qui anticipe la « prochaine salve » de campagnes : « les activistes pèseront sur les gros actionnaires des sociétés pour les faire plier ».

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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