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Environnement : 5 tendances dont les entreprises vont devoir se saisir en 2024

Une illustration représentant un groupe de personnes devant un écran translucide et surplombant une ville futuristique et écologique
Image générée par une intelligence artificielle

Vague réglementaire, nouveaux business models, restauration de la nature… Qu’est-ce qui attend les entreprises en matière d’engagement environnemental en 2024 ? On fait le point avec Sylvain Guyoton, Chief Rating Officer d’EcoVadis.

Au lendemain de la COP 28 et à l’aube de la mise en application de la directive CSRD, 2024 s’annonce rythmée du côté de l’engagement environnemental. Sylvain Guyoton, Chief Rating Officer d’EcoVadis, note, entre continuité et nouveauté, plusieurs tendances dont les entreprises vont devoir s’emparer.

La vague réglementaire : un signal positif… mais qui pourrait s’avérer contre-productif

« 2024 s’inscrit dans la continuité du déploiement du Green Deal. Ce dont on parle le plus, c’est la CSRD. Mais il y a une tendance à la réglementation, en termes de reporting CSR et ESG qui se déploie partout dans le monde », explique Sylvain Guyoton. Le côté positif de cette vague réglementaire : la transparence n’est plus optionnelle. Le risque ? « Que cela se limite à un exercice de reporting et que les entreprises oublient le plus important, à savoir se fixer des objectifs ambitieux et travailleur sur leurs bonnes pratiques. » Il s’inquiète aussi de l’effet « ESG-bashing » qui peut résulter de trop de réglementations. « Les entreprises en ont assez, il faut faire attention à la levée de boucliers. »

L’autre grande tendance réglementaire à ne pas négliger s’applique à la supply chain. « Les donneurs d’ordre vont devoir mettre en place des systèmes pour identifier les sources des risques environnementaux et sociaux et y remédier », précise Sylvain Guyoton. Parmi les obligations liées à l’identification des sources d’un certain nombre de risques, il évoque l’adoption en trilogue du Règlement européen contre la déforestation et la dégradation des forêts. Celui-ci impose aux entreprises importatrices de prouver que certains produits mis sur le marché n’ont pas contribué à la déforestation ou la dégradation des forêts.

La lutte contre le carbone : un combat qui se joue (aussi) au niveau des chaînes d’approvisionnement

Les entreprises ont compris que la majorité de leur empreinte carbone est liée au Scope 3. « Dans les grandes entreprises, la part des émissions venant des fournisseurs représente entre 70 et 80% de leur empreinte totale », estime Sylvain Guyoton. La tendance est donc de récupérer les données pour comprendre et réduire ces émissions. Le niveau le plus précis étant de considérer non pas le prix ou le kilo des émissions… mais directement le fournisseur qui en est à l’origine. « C’est ce que nous appelons une donnée primaire. »

Le principal obstacle de la démarche : le niveau de maturité, relativement bas, des fournisseurs. Or, « ce dont ont besoin les donneurs d’ordre, ce n’est pas seulement le niveau d’émissions des fournisseurs, mais l’intensité carbone des produits qu’ils achètent. » Selon Sylvain Guyoton, moins de 5% des fournisseurs auraient actuellement les moyens de fournir de telles données.

Pas de quoi baisser les bras car « la machine est lancée », avance-t-il. Et malgré ses limites, l’accord trouvé pendant la COP 28 pour réduire l’utilisation des énergies fossiles montre une ambition globale. « Il est tout à fait possible d’envisager une économie décarbonée d’ici 2050. »

Cap sur la biodiversité : le manque de métriques unifiées

La captation et la réduction des émissions carbone n’empêchera toutefois pas les températures de monter et la nature de se dégrader. L’un des objectifs que les entreprises vont devoir se fixer ? Trouver des solutions régénératrices. Et elles l’ont bien compris. « De plus en plus de clients évoquent la recherche et l’adoption de solutions ‘nature based’ au sein de leur chaîne d’approvisionnement. Mais le sujet n’est pas aussi simple que celui du carbone », alerte Sylvain Guyoton. En effet, une solution qui permet la réduction des émissions carbone bénéficie à l’ensemble de la planète. « C’est ce que l’on appelle une externalité parfaite. » En revanche, une solution qui permet la régénération de la nature ne va bénéficier qu’à une région donnée. « Les solutions ne sont pas forcément déployables à grande échelle. Résultat : il est plus difficile de les financer, les investisseurs sont plus frileux. »

L’autre point épineux, c’est le manque de métriques unifiées. « Une tonne de carbone, on sait ce que c’est. On peut même lui donner un prix. Mais une tonne de nature, qu’est-ce que c’est ? » Dans la mesure où il est plus difficile d’évaluer les bienfaits d’un écosystème en bonne santé par rapport à un écosystème dégradé, les entreprises ont du mal à justifier des actions en ce sens. « Néanmoins, c’est un réel sujet à considérer. La pression des parties prenantes est très présente et l’on voit bien que nos clients commencent à réfléchir concrètement au sujet. »

Transformation des business models : la question de l’impact des produits et services

Jusqu’à récemment, les entreprises tentaient de réduire au maximum les impacts négatifs de leurs opérations… sans transformer leurs produits, ni leurs services. « La tendance est à la transformation des modèles. Ce qui n’est pas une mince affaire à l’échelle des grandes entreprises. C’est parfois même impossible ! » Pourquoi considérer, alors, que c’est une tendance ? « Car l’on voit apparaître de nombreuses start-up – et même des entreprises déjà matures – qui ont un impact positif sur l’environnement ou les aspects sociaux. Cela crée une nouvelle forme de concurrence, mais aussi d’inspiration et d’influence. » Sylvain Guyoton cite l’exemple du marché des smartphones reconditionnés. « Les entreprises qui se sont emparé du sujet dès leur création ont réussi à changer les habitudes de consommation. C’est plus facile lorsque l’on part d’une page blanche Mais cela reste stimulant pour les grandes entreprises de se poser la question de la transition, de repenser leur modèle d’affaires. » Parmi les solutions explorées : la création de filiales « green », qui permettent d’apprendre et d’influencer les autres business units. « Mais il ne s’agit que d’un mode d’innovation, les évolutions se font au cas par cas », insiste Sylvain Guyoton.

« Salaire décent » : le social au service de l’environnement

La dernière tendance présentée par Sylvai Guyoton concerne, a priori, un aspect social. « Il s’agit de s’assurer que les gens qui travaillent dans les chaînes d’approvisionnement gagnent un salaire décent. Le sujet prête à débat au sein des organisations, car un travail mieux rémunéré est un travail qui coûte plus cher. Mais de plus en plus de grands donneurs d’ordre poussent le sujet, organisent des coalitions ou constituent des bases de données pour faire appel aux bons acteurs. » Le lien avec l’environnement ? « Il est double. D’une part, la transition écologique ne peut se faire si les individus ne se sentent pas concernés. Or, il faut un certain niveau de vie pour choisir un mode de vie responsable. D’autre part, toute une partie de la population devra s’adapter au changement climatique. Là encore, ce n’est pas possible sans salaire décent », conclut-il.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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