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Florence Clément (Ademe) : « Les entreprises doivent créer un futur souhaitable pour les jeunes »

Florence Clément de l'Ademe
© Ademe

Présentée à tort et à travers comme "la génération verte", la génération Z est en réalité bourrée de contradictions. Éco-inquiète mais peu consciente des éco-gestes à adopter, elle se tourne aussi vers les entreprises pour agir.

Comment renforcer l’engagement écologique de la génération Z ? C’est la question posée par l’Ademe dans un dossier dédié. Plus sensibles aux questions environnementales que les générations précédentes, les jeunes n’agissent pourtant pas toujours en cohérence avec leurs déclarations. Pour Florence Clément, responsable de la mobilisation grand public et jeunes de l’agence publique, les raisons sont multiples. Et les entreprises ont tout intérêt à se saisir de l’enjeu pour les accompagner sur la voie de la responsabilité. Interview.

Quel est le rapport des jeunes à l’environnement ?

Florence Clément : Les médias ont, abusivement, parlé de « la génération verte ». Or, les jeunes d’aujourd’hui comme ceux d’autrefois se construisent en fonction de ce que la société leur offre. Si leurs parents voyagent beaucoup, il sera naturel pour eux de vouloir découvrir le monde. Au contraire, s’ils vivent dans une famille zéro déchet, ce mode de vie leur sera plus naturel. En d’autres termes, il ne faut pas considérer que la génération Z a un comportement homogène vis-à-vis de la crise climatique. Comme les générations précédentes, elle est bourrée de contradictions. La vraie différence, c’est que les jeunes sont tous conscients du dérèglement climatique. À l’inverse de leurs aînés, qui ont rencontré des difficultés à se laisser convaincre, les moins de 25 ans ne mettent pas en doute la réalité des événements. À partir du collège, ils ont une vision systémique des choses. Eau, déchets, énergie : ils savent que les impacts sont croisés. Cela étant dit, ils ne passent pas forcément à l’action.

Quels sont les freins à leur engagement ?

F. C. : Les jeunes sont exposés à des injonctions et comportements contradictoires. On leur vante les plateformes de seconde main comme des solutions responsables à la consommation de masse, sans leur apprendre à freiner leurs achats. On leur apprend à trier les déchets mais pas à utiliser moins d’emballages plastiques. En définitive : ils adoptent de petits gestes qui s’inscrivent dans un système de consommation poussée à l’extrême. Ils ne comprennent pas réellement ce qui a, ou non, un impact. Ils vont avoir tendance à tout mettre au même niveau.

Comment les aider à comprendre l’impact réel de leurs actions ?

F. C. : Les jeunes savent que l’information existe. Mais ils ne savent pas où la trouver. Dans la mesure où la plupart s’informent sur les réseaux sociaux, ils sont confrontés à des bulles de filtres algorithmiques. Ils n’ont pas le réflexe de chercher en ligne, de développer un esprit critique face aux points de vue qui leur sont proposés. Et ils sont lucides : notre étude « Les jeunes et le dialogue intergénérationnel sur l’environnement » révèle qu’ils sont 84% à s’estimer mal informés. C’est aussi pour cela que nous avons créé le site M Ta Terre, qui propose plus de 120 solutions destinées à ceux qui veulent agir concrètement.

Si la génération Z ne cherche pas l’information, comment la lui faire parvenir ?

C. F. : Il existe plusieurs zones au sein desquelles les jeunes acceptent de recevoir l’information. L’école, d’abord, bien sûr. Elle peut être un lieu d’expériences, de sensibilisation, d’apprentissage. L’entourage, ensuite. Il s’agit de la famille élargie, qui est un très bon système d’accompagnement de la jeunesse. Au même titre que l’éducation sexuelle ou la prévention des risques liés à l’usage de la drogue, il est important de parler en famille d’éducation écologique. Et l’entreprise, enfin.

Quel rôle les entreprises peuvent-elles jouer pour engager les jeunes sur la voie écologique ?

C. F. : Au long de leur scolarité, mais aussi à l’issue de celle-ci, les jeunes se confrontent au monde de l’entreprise. Je ne peux qu’inciter les organisations à accueillir des jeunes gens au sein de leurs effectifs. Que ce soit en alternance, à l’occasion d’un service civique écologique, ou pour un premier emploi. L’entreprise doit montrer qu’il existe des solutions, qu’un futur souhaitable est encore possible et qu’il n’est pas trop tard pour agir. Elle peut créer le déclic de la mobilisation dans une période de construction de soi. Rappelons qu’une entreprise qui participe à la construction d’un monde nouveau a plus de chances de recruter des talents qualifiés, en leur offrant un sens et des perspectives.

Quel conseil donneriez-vous aux entreprises qui veulent mobiliser la génération Z sur le sujet ?

C. F. : D’accepter que le changement prenne du temps. Nos conditions de vie évoluent plus rapidement que jamais. Or, pour intégrer un changement, il faut du temps. On ne peut pas parler de « bascule » et tout faire reposer sur les épaules d’une génération qui n’a rien demandé. On ne peut pas lui demander de gérer les problèmes sans poser les bonnes questions. Qu’est-ce que les jeunes attendent du futur ? Qu’est-ce qui les rendrait heureux ? Quelles sont leurs aspirations ? Pour faire avancer les choses, il faut une adhésion à un projet commun de société.

Biographie

Après l’obtention d’un DESS en Relations Publiques de l’environnement, Florence Clément a rapidement rejoint l’Ademe, où elle coordonne les actions permettant de mobiliser le grand public et les jeunes. Forte de plus de 28 années au sein de l’agence, elle a pu développer de nombreux partenariats avec des organisations publiques, des associations ou des entreprises pour proposer aux citoyens de tous âges des informations fiables permettant de mieux comprendre son environnement et de découvrir des solutions pour vivre dans un monde plus écologique, plus solidaire et plus équitable.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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