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Amandine Duquesne (RSM France) : « Face au tsunami réglementaire RSE, la comptabilité comme boussole »

Amandine Duquesne (RSM)
© RSM France

De plus en plus de règles et de plus en plus d’entreprises concernées : la RSE devient parfois un vrai casse-tête pour les entreprises. Un rôle à ne pas négliger pour s’y retrouver ? Celui de l’expert-comptable.

Que vient faire la RSE chez les comptables et les auditeurs financiers ? La discipline, qui a longtemps été cantonnée à un département dédié (quand il y en a un… !) en entreprise, dépasse les frontières à l’aune des réglementations qui lui incombent. Aujourd’hui, l’extra-financier rejoint le financier. ESG, durabilité… tout ceci est désormais très contrôlé. À la DPEF (Déclaration de performance extra-financière) s’ajoutent de nouvelles obligations. Pour s’y retrouver, les professions de la comptabilité sont de vraies boussoles pour les entreprises.

Éclairages d’Amandine Duquesne, directrice Sustainability chez RSM France, réseau mondial d’audit, de conseil et d’expertise comptable.

Quelles sont les nouveautés en matière de réglementations RSE ?

Amandine Duquesne : Le sujet le plus récent est celui de la taxonomie verte. Les entreprises cotées soumises à la DPEF doivent désormais classifier leurs activités pour identifier celles qui sont dites « durables ». Le calendrier de mise en place est progressif, mais le dispositif a déjà été appliqué à l’exercice 2021. Ce qui va accélérer le mouvement, c’est la transposition dans la loi française de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) en 2026. Cela traduit les ambitions de l’Union européenne en matière de standardisation de l’information extra-financière. Ces normes engagent les acteurs financiers à orienter leurs capitaux vers des objectifs durables, alignés sur celui de neutralité carbone de l’Union européenne. Cela permet aussi de comparer objectivement les données : aujourd’hui, si l’on examine les rapports RSE de 2 entreprises différentes, il est difficile d’en tirer des conclusions. C’est un moyen de lutter contre le greenwashing.

Comment les entreprises réagissent-elles à ces nouvelles contraintes ?

A. D. : Ce n’est pas évident dans la mesure où elles n’ont pas toujours les outils paramétrés pour collecter les bonnes données, les bons indicateurs. Il y a de quoi se sentir un peu démunies. Sans compter que ce qui est considéré comme « activité durable » évolue dans le temps : d’après le gouvernement, les textes vont être revus tous les 2 ou 3 ans. C’est ce qui explique que les directions financières et RSE se sont renvoyé la balle pendant un temps. Aujourd’hui, elles sont obligées de dialoguer. C’est aussi décisif en matière de leadership, d’organisation interne : cela crée des liens entre les départements.

Les règles sont mouvantes, il en apparaît de nouvelles régulièrement… Comment les entreprises peuvent-elles rester à jour ?

A. D. : Face au tsunami réglementaire, il est impératif de pouvoir compter sur le commissaire aux comptes ou l’expert-comptable. Ils jouent un rôle de conseiller, de phare. C’est pour ça que notre pôle RSE, chez RSM, fonctionne à 360° : nous devons les nourrir, les alimenter, et leur permettre d’être des relais dans leurs organisations. Les médias ont aussi un rôle à jouer dans la transmission de ces informations. C’est particulièrement vrai pour les entreprises qui n’ont pas de services de veille, d’accompagnement juridique ou de direction RSE dédiée.

Que risquent les entreprises à ne pas se conformer à ces nouvelles réglementations ? Y a-t-il des sanctions ?

A. D. : Avec l’application du CSRD, les sanctions seront alignées sur celles des audits financiers. Il s’agit donc surtout de sanctions d’image. La valorisation des entreprises est repensée, au regard de ces ratios verts ou durables. Cela force à revoir la notion de performance des entreprises. Le classement des acteurs du CAC 40, par exemple, serait bien différent si l’on prenait en compte les performances ESG. Il y a aussi des conséquences financières indirectes. Une entreprise qui voudrait pénétrer certains marchés ou accéder à des donneurs d’ordre sans se soucier des enjeux environnementaux et climatiques se heurterait à des portes fermées. D’autres sujets sont en cours d’élaboration, comme la taxonomie sociale : les organisations doivent d’ores et déjà y penser pour continuer à remporter des appels d’offre, ou dans une hypothèse de rachat, par exemple.

Au Forum économique mondial de Davos, le secrétaire général de l’Onu a exprimé son souhait de sanctionner les dirigeants qui « cachent » ou « ont caché » la réalité de l’impact de leurs activités sur l’environnement. Peut-on imaginer que la responsabilité RSE se transmette d’une génération à l’autre ?

A. D. : Cela me paraît compliqué, d’un point de vue juridique, de responsabiliser des personnes plutôt que les entreprises. Cela dit, le CSRD avance en ce sens, puisqu’il demandera de détailler le rôle et la responsabilité des organes de gouvernance dans la stratégie RSE d’une organisation. Il ne s’agira plus simplement d’un « bilan » qui regarde dans le rétroviseur, mais d’un outil prospectif, qui devra fixer de grands objectifs à 5, 10 ou 20 ans. En ce sens, la responsabilité de l’entreprise s’accroît sur le long terme. C’est aussi la force des entreprises familiales. Elles ont parfois le défaut de ne pas formaliser les choses, mais ont l’avantage d’avoir de solides convictions sur le sujet. Elles ne vivent pas la réglementation foisonnante comme une contrainte, mais comme une occasion de repenser leur manière de travailler, de renforcer leur cohésion sociale. Elles en font un vrai projet d’entreprise sur le long terme. À ce titre, il y a une sorte de transmission.

Biographie

Amandine Duquesne dispose d’une expérience en RSE de 15 ans. Elle pilote actuellement le développement pilote de l’activité RSE – ESG chez RSM France, sur des missions d’audit réglementaire et de conseil en RSE, pour le secteur financier et non-financier. Auparavant, elle a été directrice de projet en conduite du changement au sein du cabinet Better Human Cie pendant 2 ans et demi. Elle a également travaillé chez Vigeo Eiris (Moody’s ESG) pendant 12 ans en audit et conseil RSE et ESG, jusqu’à devenir directrice de mission RSE. Elle a par ailleurs une expérience RH opérationnelle de 8 ans. Amandine Duquesne est diplômée d’une maîtrise en relations internationales de l’ILERI (Institut d’études des relations internationales) et d’un 3ème cycle Audit et Management des RH à l’ISC Paris.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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Béatrice
il y a 1 année

Voilà le sujet bien posé !