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Définir, s’exercer, se faire accompagner : la face cachée de la CSRD

Une femme travaillant à son bureau pendant qu'une pile de dossiers s'amoncelle derrière elle
© sturti via iStock

Anticiper. C’est le maître-mot en ce qui concerne la directive CSRD. Les entreprises qui n’y sont pas encore soumises auraient tort de se reposer sur leurs lauriers car la charge de travail annoncée pèse lourd.

Définir un standard européen en matière de reporting extra-financier, c’est tout l’enjeu de la directive CSRD. Certaines entreprises sont concernées depuis le 1er janvier 2024. Pour les autres : pas question de lésiner. Le reporting est conséquent et demande une longue préparation en amont, rappelle Leah Goldfarb, responsable de l’impact environnemental chez Platform.sh. Cette ancienne du Giec, dont l’entreprise sera soumise à la CSRD en 2026, travaille déjà sur le sujet.

Réfléchir avant d’analyser

Une entreprise qui doit fournir un rapport en 2026 doit s’appuyer sur les données de 2025. « Il faut comprendre qu’il y a toute une phase de réflexion avant l’analyse à proprement parler, explique Leah Goldfarb. En ce qui concerne la double matérialité (c’est-à-dire l’identification de l’impact des enjeux sociétaux et environnementaux sur la performance économique des entreprises, ainsi que celle de l’impact des activités de l’entreprise sur l’environnement et la société, NDLR), il faut trouver un consensus sur ce l’on doit mesurer, s’accorder sur les opportunités, les risques, puis les KPIs. Ensuite, seulement, peut-on s’attaquer au rapport. »

L’experte rappelle les recommandations du commissaire européen, à savoir s’exercer sur une année blanche pour aborder le sujet plus sereinement. De son côté, Platform.sh profite de devoir soumettre ses rapports ESG à ses investisseurs – 8 au total donc 8 rapports différents – pour se prêter à l’exercice. « C’est une nouvelle charge », admet-elle, toutefois convaincue de l’importance de la CSRD. 

Parfois, c’est la taille qui compte

Cette charge de travail supplémentaire est forcément mieux absorbée par les grandes entreprises, habituées à être soumises aux régulations. « Les plus petites entreprises n’ont pas idée de la charge de travail qui arrive », alerte Leah Goldfarb. Un constat partagé par Adeline Labelle, responsable du développement de People4Impact, hub de freelances du cabinet de recrutement spécialisé en RSE Birdeo. « Les grands groupes sont déjà rodés à l’exercice, notamment parce qu’ils sont soumis à la NFRD (Non Financial Reporting Directive, NDLR). »

Bettina Grabmayr, methodology & research director chez EcoVadis, note toutefois que rares sont les entreprises pour qui le sujet du reporting RSE est totalement nouveau. « Quelle que soit leur taille, elles font souvent face à des demandes de transparence de la part de leurs parties prenantes. » Elle rappelle l’importance de ne pas négliger le « trickle down effect » – effet de cascade -, « selon lequel les entreprises non soumises à la CSRD devront tout de même répondre aux demandes en données RSE de leurs partenaires et donneurs d’ordres. Elles se verront de facto confrontées à la CSRD. Mais la directive représente une opportunité pour les entreprises de communiquer de manière plus complète et transparente sur leurs efforts en durabilité. Cela renforce la confiance de leurs parties prenantes en leur capacité à gérer les risques, et à créer de la valeur pour la société. Cela peut se traduire en avantage compétitif. »

Se faire accompagner pour faire face

Face aux difficultés, les entreprises ne doivent pas hésiter à se faire accompagner. Certains organismes comme EcoVadis permettent à leurs clients de se préparer au mieux, confirme Leah Goldfarb, dont l’entreprise est concernée. Platform.sh utilise aussi le simulateur de la start-up Beavr. Bettina Grabmayr constate que de plus en plus d’entreprises ont par ailleurs prévu d’impliquer étroitement leurs directions financières et comptables, qui disposent déjà d’une expertise en termes de collecte, de vérification et de publication de données. « Cela prouve que les sujets RSE sont étroitement liés à la notion de création de valeur. »

De son côté, Adeline Labelle note que certaines organisations font appel à des freelances pour pallier le manque de ressources en interne. Les talents formés se font rares, et le contexte économique actuel ne permet pas toujours aux entreprises d’investir à plein temps sur ces profils. Pour ces derniers, le statut de freelance est « souvent plus intéressant », explique-t-elle.

Enfin, pour les organisations qui se sentiraient toutefois démunies, Bettina Grabmayr rappelle que l’Efrag, organisme mandaté par l’Union européenne pour définir les standards de durabilité de la CSRD, a préparé de nombreux guides d’implémentation pour les accompagner. Au niveau local, « l’Autorité des Normes Comptables a publié des ressources très utiles à l’intention des entreprises pour l’application de ces standards », souligne-t-elle aussi.

Après la CSRD, la transformation

Le travail ne s’arrête pas à la production du rapport. Leah Goldfarb souligne que tout l’enjeu de la directive, au-delà de dresser un état des lieux, est la transformation des entreprises. « Mesurer est une force, surtout lorsque l’on parle de standards communs. Viennent ensuite les prochaines étapes : l’optimisation, le déploiement des solutions… et l’éducation. Les entreprises doivent comprendre le sujet pour s’en emparer réellement », insiste-t-elle. Bonne nouvelle : en France, il existe des budgets dédiés. « Il est logique de les allouer à la transition écologique. »

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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