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[Infographie] Souveraineté : les ETI, de la prise de conscience à la crise de croissance

Les entreprises françaises peinent à préserver leur souveraineté, notamment en termes d'approvisionnements
© Roman Didkivskyi via iStock

Les entreprises françaises se jugent plus souveraines en 2023 qu'en 2022. Mais les ETI se montrent particulièrement inquiètes de leur dépendance à des fournisseurs étrangers.

Au départ, c’était une vague menace. Puis c’est devenu une inquiétude. Aujourd’hui, le manque de souveraineté s’est transformé en une angoisse qui coûte cher aux entreprises françaises de taille intermédiaire (ETI). Selon le Baromètre 2024 de la souveraineté, dévoilé par By.O Group, les entreprises de plus de 250 salariés ne sont que 55% à se juger souveraines, contre 82% pour la moyenne des entreprises. Un résultat en baisse de près de 5 points par rapport à 2022, alors que la moyenne a, elle, augmenté de 8 points.

Des dépendances structurelles

Ce qui explique un tel écart ? « Les PME travaillent principalement avec des fournisseurs européens, rappelle Marc Debets, président de By.O Group. La situation en termes de logistique et d’approvisionnements s’est améliorée. Les ETI et grands groupes restent exposés à l’international en termes d’activité, de sourcing et d’implantation industrielle. Ils continuent de subir l’accumulation des crises. » Et notamment en 2023 : le regain de tensions au Moyen-Orient a compliqué le commerce international. La rivalité Chine/États-Unis fait aussi gonfler les prix de certains produits.

Les ETI et les grands groupes sont aussi davantage préoccupées par leurs approvisionnements en matières premières. 100% d’entre eux les jugent critiques contre seulement 33% des entreprises de moins de 50 salariés. Une « dépendance structurelle » dont les entreprises se sont aperçues au moment de rapatrier certaines lignes de production. « On a créé des usines de fabrication de batteries. Mais d’où vont venir le cobalt, le nickel et les autres éléments minéraux ? Pas du sol européen », illustre Marc Debets.

Vers une politique nationale de sécurité économique

Certaines entreprises anticipent, en rachetant des mines à l’étranger, par exemple. Mais toutes ne peuvent se le permettre. Pour Marc Debets, l’enjeu se joue à un autre niveau. « Il est nécessaire que la France ou l’Europe se dotent d’une politique de sourcing et de pérennisation de l’accès aux ressources naturelles. »

C’est d’autant plus important que ce manque de souveraineté pèse sur la compétitivité et finalement la croissance des entreprises tricolores. 100% des dirigeants d’entreprises de plus de 250 salariés du baromètre estiment ainsi que leur dépendance vis-à-vis de l’étranger affecte la croissance de leur entreprise. Depuis la crise du Covid, les usines Renault sont régulièrement à l’arrêt en raison de la pénurie de composants électroniques, nécessaires à la fabrication des véhicules électriques de la marque. « Si les entreprises n’ont pas la maîtrise de leurs filières, elles ne peuvent pas atténuer les effets de la guérilla économique, observe Marc Debets. Et, dans les secteurs en plein essor, ne seront pas capables de soutenir une croissance de 50% en 4 ou 5 ans. »

Relocaliser sa chaîne de valeur

Il existe pourtant des solutions. Celle privilégiée par les entreprises : la relocalisation. 28% des ETI et grands groupes ont déjà engagé des actions en ce sens pour rapatrier leurs éléments les plus critiques en Europe. Et 43% « y réfléchissent ». Mais aucun n’a choisi la France comme pays d’implantation… « Il y a la question du coût mais aussi de la disponibilité du foncier, explique Marc Debets. Les entreprises relocalisent en Europe mais trouvent une solution intermédiaire pour préserver leur performance coût, même si elle est moins optimale, et gagner en sécurité et flexibilité. » Pour cela, elles choisissent encore souvent des pays de l’Est, comme la Tchéquie.

Mais il serait réducteur de penser que c’est la seule option. Marc Debets incite ainsi les entreprises à mieux connaître « la structure de leurs filières ». Et à engager « une convergence des luttes », notamment avec l’éco-conception. « Repenser le design de produits plus durables, c’est questionner les approvisionnements. Pourquoi pas avec des relocalisations mais aussi avec un sourcing adapté. Pour concevoir des produits plus respectueux de l’environnement, il faut concevoir plus localement les supply chains. »

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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