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ETI françaises : de maillons forts à maillons faibles de l’économie ?

Chateau de cartes
© joecicak via iStock

Face à la crise énergétique, 1 ETI sur 4 pourrait se retrouver en grande difficulté et fragiliser tout le tissu économique français. À moins que les défaillances à venir soient un retour à la normale.

1 ETI (entreprise de taille intermédiaire) sur 4 serait en passe de ne pouvoir faire face à l’augmentation de ses factures d’énergie. Voilà le chiffre avancé par Alexandre Montay, secrétaire général du Mouvement des entreprises de taille intermédiaires (Meti), auprès de nos confrères de La Tribune. Ainsi, 30% des ETI ont négocié des tarifs « acceptables » auprès de leurs fournisseurs d’énergie ou se reposent sur un modèle économique dans lequel l’énergie ne représente pas un coût déterminant et 40% sont éligibles à l’aide au paiement des factures de gaz et d’électricité mise en place par le gouvernement. Réputées plus solides que les TPE et PME, les ETI ne peuvent ainsi bénéficier que de ce seul dispositif de soutien. Pourtant, à côté de cette majorité d’ETI préservées, il en resterait 27% « sans solution tenable », qui ne peuvent prétendre à l’aide financière ou pour lesquelles cette dernière se révélerait insuffisante.

Au-delà de la crise énergétique, les ETI font face à d’autres défis, qui les fragilisent d’autant plus. Ainsi, un tiers de leur chiffre d’affaires est réalisé à l’export. Or la contraction économique au niveau mondial pénalise fortement la France, dont la balance commerciale fait grise mine. « Les ETI sont inscrites dans les chaînes de valeur mondiales, ce qui les expose davantage aux chocs internationaux », constate Sarah Guillou, co-responsable du pôle Politique publique et compétitivité des entreprises de l’OFCE.

Un désastre économique ?

Quel serait le risque de voir 1 ETI sur 4 disparaître ? Une fragilisation sans précédent du tissu entrepreneurial tricolore. Car les méconnues ETI pèsent lourd dans l’économie française. Les derniers chiffres de l’Insee recensent très précisément 5 951 entreprises de taille intermédiaire, soit… 0,14% des entreprises. Mais elles représentent un quart de l’emploi salarié (en équivalent temps plein) et 26% de la valeur ajoutée créée par les entreprises (hors taxes), juste derrière les grands groupes (31,2%) et devant les PME (23,5%). Si l’économie française perdait un quart de ses ETI, elle ferait donc une croix sur 750 000 emplois et plus de 12% de la valeur ajoutée créée par les entreprises !

Un désastre économique mais aussi social, tant les ETI se révèlent structurantes dans les économies locales. Le Meti indique ainsi que plus des deux tiers des sièges sociaux des ETI se situent en région, en-dehors des grandes métropoles. « Dans leur territoire, les ETI animent l’économie locale en agrégeant des réseaux d’entreprises sous-traitantes, de prestataires de service, de logisticiens », précise encore l’association.

« Les ETI sont à la source de la demande d’autres entreprises, elles tirent la production des TPE-PME »

Sarah Guillou, économiste à l’OFCE

Ces fragilités pourraient ne pas se traduire par une disparition pure et simple de ces entreprises mais, dans un premier temps, par des licenciements. Ou un redéploiement de leurs effectifs, comme l’explique Sarah Guillou. « Un quart des ETI sont détenues par un groupe étranger, d’autres sont des multinationales et disposent de filiales à l’étranger. Elles pourraient choisir de redéployer leurs actifs. » Les délocalisations dont les ETI devaient être préservées grâce à leur structure capitalistique principalement familiale ne sont plus si lointaines…

L’économiste se montre toutefois prudente. « En Europe, le choc énergétique est quasiment d’intensité similaire partout », les entreprises n’ont donc pas intérêt à effectuer des délocalisations d’un pays vers un autre. Et pour celles qui feraient le choix de délocaliser vers des pays hors Europe reste l’écueil non négligeable de « la grande incertitude, alors qu’investir dans un pays étranger demande une capacité d’anticipation bien supérieure à 1 an ». Le pire n’est jamais certain.

Une purge bienvenue ?

Un dégraissage parmi les ETI serait-il d’ailleurs vraiment si désastreux ? Parmi ces ETI fragiles se cachent d’abord quelques zombies, c’est-à-dire des entreprises dont les difficultés récurrentes les prédestinent à la défaillance mais qui parviennent pourtant à se maintenir – notamment grâce aux dispositifs d’aide. Une étude réalisée par France Stratégie avant le Covid et rendue publique en 2022 a établi qu’en 2019, plus de 5% des ETI étaient des zombies. Ce sont même elles qui contribuent le plus fortement à piéger le capital, devant les grands groupes : sur les 4,8% de capital piégé par les entreprises zombies, 2,17 le sont par des ETI – contre 1,28 par des grands groupes et moins de 0,2 par des TPE ou PME.

Les prochains mois pourraient donc conduire à une forme de purge par le marché, qui se délesterait de ses éléments les plus faibles structurellement. L’enjeu sera évidemment de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et de préserver les entreprises qui connaissent une mauvaise passe malgré un modèle viable à terme. D’où le lobbying intensif réalisé par le Meti pour (re)placer les ETI au cœur des préoccupations gouvernementales, plutôt focalisées ces derniers mois sur les TPE-PME. En 2020, en pleine crise du Covid, le gouvernement avait mis sur pied une « stratégie de la nation pour les entreprises de taille intermédiaire ». Mais le dispositif a connu un coup d’arrêt au printemps 2021 lorsque la crise énergétique a frappé la France de plein fouet.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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