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« Les entreprises doivent s’associer aux chercheurs pour accéder à l’excellence technologique »

La recherche partenariale permet aux entreprises d'être plus compétitives
© onurdongel via iStock

Le réseau des Carnot permet aux entreprises de s'associer à des laboratoires pour porter des projets de recherche à l'échelle industrielle.

Jeudi 16 novembre, la chercheuse Irène Gonzalez-Salgado a reçu le Grand Prix de la recherche partenariale organisé par le réseau Carnot. Grâce à l’entreprise Nereus, son projet de recherche va pouvoir connaître un développement industriel. Preuve que l’alliage de la recherche publique et du secteur privé présente un potentiel d’innovation inégalé. La lauréate du prix et Alexandre Bounouh, président de l’Association des Instituts Carnot, évoquent auprès d’Intelekto cette alchimie qui n’a rien à voir avec la magie.

Est-il classique que le chercheur qui porte le projet soit embauché par l’entreprise, comme cela a été le cas pour vous, Mme Gonzalez-Sagado ?

Irène Gonzalez-Salgado : Non, l’embauche n’est pas automatique. Je voulais continuer à participer au processus d’innovation. J’aurais pu le faire au sein du laboratoire mais j’avais également envie de découvrir le monde industriel, de confronter ce modèle d’innovation que nous avons conçu à l’échelle industrielle. Mon embauche par Nereus montre à quel point l’entreprise a intérêt à développer cette technologie très prometteuse. C’est une opportunité pour moi de pouvoir travailler des 2 côtés du miroir.

Alexandre Bounouh : Il existe beaucoup de transferts de ressources entre laboratoires et entreprises. Les projets soutenus par le réseau Carnot sont l’occasion de faire le pont entre les deux univers. Et l’embauche des chercheurs par les entreprises est une façon de maintenir la relation à long terme. C’est un moyen d’acculturer les 2 univers l’un à l’autre. D’un côté l’innovation, la créativité, la rupture technologique apportées par les laboratoires de recherche ; de l’autre, le fonctionnement par objectifs des entreprises. C’est important que les chercheurs puissent réaliser les contraintes des entreprises. Le dialogue permet cette meilleure connaissance.

Toutes les entreprises ont-elles besoin de la recherche publique ?

A. B. : Oui car elles ont accès à des compétences de très haut niveau. Si les entreprises devaient investir dans les cerveaux présents dans les laboratoires, elles n’en auraient pas les moyens. Grâce à la recherche partenariale, elles accèdent à l’excellence scientifique et technologique pour se donner les moyens d’être compétitives et différenciantes sur leur marché. C’est fondamental parce que nous sommes au 21e siècle : les innovations viennent modifier les modèles économiques, propulser des petites start-up qui deviennent des géants. Les entreprises doivent prendre conscience que la R&D n’est pas un centre de coût mais un investissement, qui générera une inventivité de nature à être compétitives sur leur marché et à les positionner sur la scène internationale. Mais aussi à se prémunir de la concurrence. Et ça marche : les projets soutenus par le réseau Carnot donnent lieu chaque année au dépôt de 1 150 brevets.

Dans la période économique actuelle, avec des budgets toujours plus contraints, n’est-ce pas difficile pour les entreprises d’entendre ce discours ?

I. G.-S. : Les entreprises, y compris petites, ont droit à différents financements. Mais cela représente une charge administrative loin d’être négligeable qui peut leur faire peur. Simplifier cette dimension serait un bon levier pour les inciter à davantage collaborer avec les laboratoires.

A. B. : Nous essayons, dans le cadre du réseau Carnot, d’initier des discussions en ce sens avec les régions et l’État. Notre objectif ? Si un projet est validé par l’Institut, que l’entreprise décroche automatiquement le crédit d’impôt-recherche (CIR). Il faut que les petites entreprises puissent se dégager du temps et des moyens pour investir dans la R&D. Cela leur demande des efforts importants. À ce titre, le crédit impôt-recherche constitue un enjeu important. Il attire des entreprises qui ne s’intéresseraient pas à la recherche sans lui.

Le CIR est d’ailleurs une spécificité française. Madame Gonzalez-Salgado, vous avez fait des études de génie chimique à Valladolid et avez choisi de faire votre thèse en France, en coopération avec une entreprise française. Quel regard portez-vous sur la recherche française et sa coopération avec les entreprises ?

I. G.-S. : C’est intéressant que la recherche publique puisse disposer d’un contact direct avec les entreprises. Dans le cadre de notre projet, nous avons ainsi collaboré avec différentes entreprises. Nous avons développé cette technologie ensemble. C’est une énorme chance d’avoir trouvé ces partenaires industriels.

A. B. : Quand on sait que les Gafam investissent autour de 14% de leur chiffre d’affaires dans la R&D et jusqu’à 30% pour Meta… Cela pose la question de l’appétence des entreprises françaises à travailler avec les organismes de recherche et à investir dans la R&D. La France est très en retrait par rapport à ces chiffres.

C’est dans cette collaboration entre chercheurs et industriels que réside donc l’enjeu de la souveraineté française ?

A. B. : Bien sûr ! L’innovation permet aux entreprises de rester sur un marché. Pour certaines technologies cruciales – comme l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs ou les biotechnologies – si la France et l’Europe dépendent de technologies américaines, chinoises ou russes, elles seront pieds et poings liés en cas de changement de la situation géopolitique. Parfois, on nous pose la question : pourquoi développer des systèmes pour lesquels il existe déjà des solutions ? Hé bien parce que la dépendance à une solution étrangère nous y oblige.

Biographies

Irène Gonzalez-Salgado a obtenu en 2017 une licence en génie chimique à Valladolid, puis un master en Gestion de l’Environnement à l’Université Aix-Marseille. Elle a ensuite réalisé sa thèse doctorale à l’Institut des Sciences Appliquées de Toulouse, au sein de l’équipe UMR 792 TBI du Carnot 3BCAR. Celle-ci porte sur le développement d’un procédé d’extraction de l’azote ammoniacal à travers des membranes hydrophobes (Transmembrane Chemical Absorption, TMCS) pour la production d’engrais azotés à partir du digestat, sous-produit de la production de biogaz par méthanisation, et de l’urine humaine. Après sa soutenance de thèse en février 2023, elle a été embauchée par la PME innovante Nereus comme ingénieure R&D pour le développement industrielle de cette technologie.

Alexandre Bounouh est docteur en sciences des matériaux de l’Université Paris-Saclay. En 2015, il rejoint l’Institut Carnot CEA LIST, en tant que directeur du laboratoire Capteurs et architectures électroniques. Il prend la direction de l’institut 4 ans plus tard. En juin 2023, il est élu président de l’association des Instituts Carnot.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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