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L’innovation de défense doit davantage s’appuyer sur les entreprises

L'innovation de défense passe par les acteurs privés
© gorodenkoff via iStock

La France bénéficie d'une innovation de défense solide au sein de ses institutions publiques. Mais parvient mal à capter l'innovation privée. Un rapport de l'Institut Montaigne formule plusieurs pistes pour des relations public-privé plus vertueuses.

Que serait une économie de guerre sans innovation de défense ? La France préfère ne pas avoir à se poser la question. La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 « porte l’ambition d’un modèle rénové pour nos armées », affirme le ministère de la Défense. Pour cela, l’État compte sur la capacité d’innovation de la France. Or, « le modèle français d’innovation de défense reste centré sur la commande et les mécanismes publics », tacle l’Institut Montaigne dans son rapport sur le sujet, publié en juin.

De leur côté, les acteurs privés voient leur croissance freinée par « les difficultés à pénétrer le marché de la défense en raison de son opacité et de sa rigidité réglementaire ». Et la souveraineté technologique vantée par le gouvernement se retourne parfois contre ceux qui la défendent. Notamment parce qu’elle « limite l’accès à des financements diversifiés » pour des sociétés « en recherche d’une rentabilité économique plus facilement démontrable ». Comme souvent, l’administration se mord la queue. Certaines technologies ne peuvent être développées à grande échelle qu’avec des capitaux suffisants, engrangés via des commandes publiques. Mais celles-ci ne sont réalisées qu’auprès de sociétés suffisamment solides financièrement…

Faire converger les intérêts stratégiques

Pour l’État, soutenir l’innovation de défense doit permettre de « maintenir une capacité et une crédibilité technologiques au niveau mondial », souligne l’Institut Montaigne. « Pour la puissance publique, l’enjeu est ainsi de parvenir à capter cette innovation privée à destination d’usages militaires (logique bottom-up), tout en maintenant une capacité d’innovation propre (logique top-down) et en assurant une complémentarité et une utilisation budgétaire vertueuse. »

Du côté des entreprises, il s’agit de garantir à leurs innovations stratégiques de pouvoir se développer sur le sol français. Pour cela, elles espèrent capter une partie de la manne financière considérable allouée à la défense : pas moins de 413 milliards d’euros sont prévus au titre de la LPM 2024-2030. Reste donc à faire converger les intérêts en bonne intelligence.

Une réserve d’innovation de défense

La France dispose déjà de plusieurs structures destinées à faire le lien entre privé et public. À commencer par la base industrielle et technologique de défense (BITD). Elle regroupe des entreprises qui développent des technologies pour le secteur militaire. Dans son rapport, l’Institut Montaigne formule plusieurs pistes pour fluidifier encore davantage les relations public-privé. Il évoque ainsi la création d’une « réserve innovation », calquée sur l’exemple israélien. L’idée ? « Mobiliser sur des temps courts des experts du monde civil (…) au service de la supériorité opérationnelle française. »

Le think tank imagine, au-delà « d’accords avec des entreprises volontaires », une véritable feuille de route pour ce dispositif : « un suivi des besoins de renfort sur les expertises d’innovation, de l’allocation et de l’emploi des réservistes, afin de s’assurer que les compétences soient pleinement utilisées et au bon endroit ». En se reposant notamment sur les anciens du ministère de la Défense, qui enrichissent chaque année le vivier de talents disponibles du secteur. Sans pour autant que l’État sache aujourd’hui l’exploiter au mieux.

Financer l’innovation de défense

Le think tank préconise également de flécher davantage la commande publique vers les entreprises privées, « des start-up aux grands groupes ». « Il convient de repenser les procédures et la culture d’achat, en privilégiant une logique incrémentale, avec des enveloppes dédiées à l’innovation et une exécution budgétaire plus flexible. » Rien d’impossible : lors de la crise du Covid, l’Agence de l’innovation de défense (AID) a sélectionné 37 dossiers parmi 2600 et distribué 10 millions d’euros en à peine 3 semaines. Un succès que les auteurs du rapport recommandent de répliquer à grande échelle.

Enfin, l’Institut Montaigne estime nécessaire « d’orienter explicitement une partie des fonds et stratégies d’accélération publics de l’innovation vers le soutien aux technologies duales ». D’autant que certaines entreprises développent des innovations spécifiquement dans cette idée. C’est le cas par exemple de la start-up de cybersécurité Dust Mobile, récompensée lors du dernier FIC. Les fonds accordés à certains dispositifs, comme le fonds French Tech Souveraineté, pourraient être en partie fléchés vers ces innovations.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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