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Comment la filière des batteries s’organise pour surmonter la pénurie de talents

Pour construire une filière française de batteries, il faut des talents
© michal-rojek via iStock

La nouvelle filière françaises de production de batteries se heurte à la pénurie de talents. Mais s'organise aussi pour remédier au problème, à court et long termes.

Vouloir rapatrier les chaînes de production est une bonne chose pour la souveraineté européenne. Mais encore faut-il en avoir les moyens. Ou se les donner ! C’est le chemin pris par le secteur des batteries pour véhicules électriques. La start-up grenobloise Verkor fait partie de ses figures de proue : elle a signé la plus importante levée de fonds de 2023 avec une série C de 850 millions d’euros, au coeur d’un financement total de 2 milliards.

« L’idée est de recréer une chaîne de valeur européenne dans les batteries, qui représentent 30 à 50% de la valeur d’une voiture électrique, rappelle Émilie Rondet, cheffe de projet en charge de l’École de la Batterie au sein de Verkor. Le secteur connaîtra une transformation majeure avec l’arrêt des ventes de véhicules thermiques neufs dès 2035. Il y a donc un enjeu de rapidité à développer la filière des batteries françaises. » Verkor a ainsi annoncé en septembre dernier débuter la construction d’une giga-factory dans les Hauts-de-France. « C’est un défi industriel qui nécessite des talents experts dans les batteries, qui savent construire une giga-factory. » C’est là que le bât blesse.

Créer une école pour centraliser l’offre de formations

Verkor recrute à tour de bras et affiche aujourd’hui 430 salariés. « Nous n’avons pas pu tous les trouver en France ou en Europe. Il a fallu aller chercher des talents à l’étranger pour les faire venir en France et aider à construire la société », rappelle Émilie Rondet. Une solution intéressante… à court-terme. « Les profils internationaux ne resteront pas forcément toute leur vie en France. Se pose donc la question de la transmission et de la pérennité des savoirs. Or de nombreux acteurs sont en train de s’implanter en France pour construire l’industrie de la batterie. Ils ne peuvent pas s’appuyer uniquement sur des talents étrangers. » Une première solution se dessine : « faire monter en compétences les équipes françaises avec l’appui des talents internationaux ».

Mais, très vite, c’est une autre route que Verkor choisit d’emprunter. « Dès la création de Verkor, nous avons eu l’idée de travailler avec les acteurs de la formation et faire en sorte d’avoir assez de talents pour la filière qui s’installe », explique Émilie Rondet. Et pas question de la jouer solo : Verkor s’est associé à 14 autres acteurs, privés et publics, pour créer l’École de la Batterie (EDLB). Elle regroupe des entreprises (Verkor, Corys), des acteurs locaux (CEA, Tenerrdis) et européens (EBA Academy) ainsi que des écoles et des organismes de formation (Afpa, Grenoble INP, Cnam…). Le principe ? « Mettre en avant les formations existantes qui mènent vers les métiers liés à la batterie » et qui constituent un premier vivier de recrutement. L’objectif ? « Former 1 600 apprenants par an à partir de 2026. »

Des formations mieux adaptées et plus attractives

Le défi est double. D’abord, « remplir les classes », soupire Émilie Rondet. Et, pour cela, travailler l’attractivité des métiers liés à la batterie, pas réputés pour être sexy. « Cela consiste à aller rencontrer les jeunes, leur expliquer ce qu’on fait et à quoi ça sert. Nous travaillons aussi auprès des demandeurs d’emploi, en testant de nouvelles méthodes de recrutement sans CV, sur la seule base des aptitudes. »

Dans un second temps, l’idée sera « d’adapter le contenu des formations aux besoins du secteur« . Certains acteurs, comme ceux de la formation professionnelle, ont l’habitude de travailler avec les entreprises et se montrent agiles. C’est en revanche un travail de fond à opérer avec les acteurs de la formation initiale. « Modifier 60% d’un programme remettrait en cause l’harmonisation des diplômes, reconnaît Émilie Rondet. Il faut jouer avec le cadre qui nous est donné et comprendre ce qu’on peut faire ou non. C’est une transformation qui s’opère sur un cycle long. »

Mobiliser toute la filière pour créer un écosystème pérenne

Et c’est toute la filière qui s’engage pour cela, bien au-delà de Verkor. L’EDLB n’a d’ailleurs pas vocation à servir uniquement les intérêts de la start-up. « D’autres acteurs du territoire se situent en amont ou en aval de la production de cellule sur la chaîne de valeur. Et de nombreux projets sont en cours. Il s’agit donc d’attirer toujours plus d’entreprises du secteur en France grâce à un écosystème prêt pour cela. »

D’autant que les besoins sont colossaux : « avec 2 millions de véhicules électriques à produire d’ici 2030, il faudrait 40 000 personnes formées chaque année dans le secteur de la batterie », estime Émilie Rondet. Un chiffre largement supérieur à l’objectif de 1 600 talents formés au sein de l’EDLB. Cette dernière travaille donc à d’autres pistes, comme la valorisation des acquis de l’expérience pour faire reconnaître l’expérience de salariés jusque-là sans diplôme. Et pourquoi pas proposer une formation dédiée, opérée par l’EDLB ? « Nous sommes en train d’y réfléchir, esquisse Émilie Rondet. Mais il ne faudrait pas faire de concurrence aux organismes de formation avec lesquels on travaille. Chacun doit trouver sa place. La nôtre pourrait être de former des formateurs, une activité que ne prennent pas actuellement en charge nos partenaires. »

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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