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On l’a dit et répété mais il faut (vraiment) que les entreprises s’emparent de la biodiversité

Timothée Quellard
© ekodev

Alors que le gouvernement a présenté fin novembre la stratégie nationale biodiversité, les entreprises doivent s’emparer du sujet. Et pas comme elles l’ont fait pour le carbone…

Un million d’espèces végétales et animales sont menacées d’extinction. Ce constat, l’ancienne première ministre Elisabeth Borne le dressait comme point de départ pour la présentation de la stratégie nationale biodiversité. Objectif : protéger davantage d’espaces, restaurer les sols, favoriser la sobriété foncière, réduire l’impact des produits phytosanitaires ou encore lutter contre la déforestation importée. Et, bien entendu, les entreprises ont un grand rôle à jouer. Éclairage de Timothée Quellard, co-fondateur du cabinet spécialisé ekodev.

Vous estimez que la lutte pour la protection de la biodiversité ne peut pas s’envisager de la même manière que la lutte contre les émissions carbone. Pourquoi ?

Timothée Quellard : Il faut dire les choses : à l’échelle de la planète, nous sommes nuls en matière de décarbonation. La seule année où l’on a respecté la trajectoire de l’Accord de Paris, c’est en 2020, soit au plus fort de la pandémie. Et c’était par contrainte sanitaire, pas par volonté ! On ne peut pas se permettre de raisonner ainsi en matière de biodiversité. C’est un enjeu de civilisation. La culture occidentale a eu tendance à exclure l’Homme de la nature pour justifier de nombreuses dégradations. Aujourd’hui, on commence à comprendre que l’on fait partie d’un tout et que, si la biodiversité s’effondre, notre système aussi. Quand on parle de lutte contre les émissions carbone, on parle de réduction. Or on ne peut pas se contenter de réduire les dégâts infligés à la biodiversité. Il faut la restaurer.

L’enjeu est donc de taille. Comment les entreprises peuvent-elles s’en emparer ?

T. Q. : Le monde de l’entreprise est l’un des plus gros leviers de transformation. On avait imaginé que ce seraient les États mais force est de constater que ce sont les entreprises qui mènent la danse. La première étape est de les intéresser au sujet. Ma casquette d’ingénieur est utile pour démontrer pourquoi et comment les modèles d’affaires basiques sont dépendants d’un système que les dirigeants ne maîtrisent pas. Ils ne comprennent pas toujours quels sont les services que nous rend la nature. Pourtant, qu’il s’agisse d’approvisionnement, de matières premières ou d’agriculture, tous les secteurs sont dépendants de la nature. Un fabricant de meubles dont le modèle dépend majoritairement de la ressource bois, par exemple, va devoir passer à l’écoconception ou louer ses produits plutôt que de les vendre.

Vous parlez de prise de conscience : comment sensibiliser les acteurs concernés ?

T. Q. : La clef, c’est la formation. Il faut donner aux dirigeants du savoir, du contenu et le rendre ludique. Ce n’est pas une question de « bien » ou de « mal », de militantisme ou d’engagement. L’idée n’est pas de dresser des murs mais de créer des passerelles. Il faut aussi que les PDG, y compris ceux des grosses boîtes cotées en Bourse, comprennent que le sujet est plus grand que leurs mandats. Ils ne peuvent pas faire l’impasse sous prétexte qu’ils ne sont en poste que pour une durée de 5 ou 10 ans.

Les entreprises sont-elles armées pour répondre aux enjeux de régénération de la nature ?

T. Q. : Clairement… non. Il y a de bonnes élèves, qui viennent spontanément à nous. Elles sont rarement débutantes et ont des moyens. Mais pas toujours à la hauteur du sujet. J’ai conscience que ça peut paraître négatif de dire cela mais c’est la réalité. La bonne nouvelle, c’est que la question n’est plus considérée comme anecdotique. Quand nous parlons de biodiversité auprès des dirigeants, ils ont l’oreille attentive.

La stratégie nationale biodiversité va-t-elle permettre d’accélérer les initiatives positives ?

T. Q. : Le temps nous le dira. Mais je note plusieurs choses positives dans le texte. Tout d’abord, il y a une réelle honnêteté dans l’approche, et ce n’était pas gagné. Le gouvernement reconnaît que la stratégie précédente n’a permis d’atteindre aucun objectif. Tout était trop théorique, personne ne faisait grand-chose et le résultat est un manque de performance flagrant. L’autre bon point, c’est le gros travail de pédagogie qui est fait sur les sujets de pression. Enfin, il y a une vraie volonté de travailler avec toutes les parties prenantes, des ONG aux entreprises privées, en passant par les territoires et les scientifiques. C’est très cohérent. Ce qui me questionne, ce sont le contrôle et le suivi des objectifs.  

Biographie

Diplômé d’une École d’Ingénieur en physique et mécanique, Timothée Quellard débute sa carrière dans l’énergie puis pilote une agence pendant 5 ans qui accompagne les bureaux d’études dans le déploiement de solutions numériques. Il décide en 2009 de partir pour cofonder ekodev, société de conseil en RSE et Stratégie Climat. Créateur du pôle biodiversité et responsable de l’innovation et des partenariats chez ekodev, il est formé à la méthode Bilan Carbone ainsi qu’au déploiement de l’Holacratie. Passionné par la biodiversité, le biomimétisme, le triple capital ou encore les gouvernances partagées, il accompagne les organisations dans leurs démarches de préservation de la biodiversité et de régénération des écosystèmes. Par ailleurs, en 2020, il fonde en parallèle Bleu Blanc Ruche Biodiversité, avec Véronique Dham et Arnaud Montebourg.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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