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Sens et travail : l’équation n’est toujours pas résolue

Une femme blonde et blanche adossée à une vitre en verre, les bras croisés. Elle porte un haut noir sans manches. Elle a l'air épuisée.
© Cecilie_Arcurs via iStock

La question du sens en entreprise semble éculée tant elle a été traitée. Pourtant, elle n’a toujours pas de réponse. Pour comprendre pourquoi, il faut s’intéresser aux origines de la conflictualité actuelle autour du travail.

Faciliter l’emploi des seniors, favoriser l’égalité femmes-hommes, être le 1er employeur des personnes en situation de handicap en France… Le palmarès de La Poste en matière d’engagement social est impressionnant. Sur la scène de la salle de conférence du ministère de l’Économie et des Finances, Valérie Decaux, DRH du groupe, détaille les actions de l’entreprise à l’occasion d’une journée-débat organisée par le Club Landoy. Des initiatives qui traduisent, au-delà d’une politique d’inclusion, des changements profonds dans la façon dont les gens considèrent le travail.

L’entreprise n’est plus un monde fermé

« Quelque chose s’est passé. L’entreprise n’est plus considérée comme un monde clos », constate Marie-Anne Montchamp. Pour expliquer le phénomène, la directrice générale de l’OCIRP nous fait voyager dans le temps. « L’entreprise taylorienne était conçue comme une entité fermée. Pour y entrer, il fallait montrer patte blanche. On pointait lorsqu’on en sortait. Le travail était transcendant, il y avait une assignation à l’activité. Aujourd’hui, c’est différent : il y a une forme d’appréciation de l’activité, libre d’interprétation. » L’arrivée du smartphone a bouleversé la façon dont on cloisonnait le monde de l’entreprise et « le vrai monde ». « L’information extérieure arrive sur le lieu de travail, en temps réel. Son enfant a de la fièvre ? Le salarié en est informé dans la nanoseconde qui suit. »

Reconsidération de la pénibilité…

L’abolition de la frontière entre le monde du dedans – celui de l’entreprise – et celui du dehors – celui de la société – a eu pour conséquence de faire bouger certains curseurs. Notamment celui de la pénibilité. Autrefois, c’était la tâche en elle-même qui était jugée pénible (parce qu’elle était rébarbative ou demandait un effort physique). Aujourd’hui, on peut trouver pénible d’effectuer un travail qui ne l’est pas forcément intrinsèquement. « Si votre situation personnelle se dégrade, votre sensation de la pénibilité du travail bouge : il va vous être pénible d’effectuer une certaine tâche à un moment donné », poursuit Marie-Anne Montchamp.

… et appréhension du salarié dans son entièreté

Les vases communiquent dans les 2 sens. Certes, le perso s’est invité dans le pro, mais on attend aussi désormais que le pro réponde à certaines attentes persos. C’est ce que rappelle Jean-Baptiste Barfety, fondateur du projet Sens. « Nous assistons à un déclin des grandes réponses collectives. Les institutions – qu’il s’agisse des Églises, des États, des partis ou des syndicats – sont beaucoup moins présentes dans le quotidien des individus. Ils attendent donc que leur entreprise et leur poste répondent à cette quête de sens. » Une dynamique qui s’est accentuée avec la pandémie et l’hybridation du travail. « Désormais, on juge son travail non plus selon des critères professionnels mais personnels. »

C’est aussi la raison avancée par Valérie Decaux pour expliquer les initiatives du groupe La Poste. « Nous percevons une attente plus forte, et plus clairement exprimée à tous les niveaux de l’entreprise, en termes d’alignement entre nos valeurs et celles de nos équipes. » Elle note l’exigence de cohérence entre les discours et les actes. « Le salarié est aussi un client : il demande à être considéré dans sa globalité. Quand il vient au travail, il ne laisse pas ses convictions personnelles à la porte de l’entreprise. » Elle rappelle que pendant longtemps, les entreprises ont considéré leurs salariés comme une population uniforme. « Aujourd’hui, il faut s’adapter. L’entreprise forme un collectif, mais celui-ci est composé d’individus qui ont chacun des besoins différents. »

Au-delà de la question du coût du sens, celle de la nécessité

Bâtir une entreprise qui soit en accord avec les valeurs de ses équipes a forcément un coût, interroge sur scène la journaliste à La Croix l’hebdo Marine Lamoureux. Certes. Mais c’est aussi indispensable pour répondre aux tensions auxquelles sont soumises la société et les entreprises. « Les entreprises font face à une recrudescence des arrêts de travail, souligne Marie-Anne Montchamp. Cela souligne une conflictualité autour du travail que les organisations doivent traiter. Et l’équation n’est pas encore résolue », regrette-t-elle.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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