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La cybersécurité, valeur refuge des investisseurs

Homme se tenant debout dans une bulle protectrice
© mikkelwilliam via iStock

Alors que les levées de fonds s'effondrent, les entreprises de la cybersécurité parviennent à tirer leur épingle du jeu.

« La période actuelle est très particulière pour les investisseurs comme les entrepreneurs. C’est beaucoup plus difficile de lever de l’argent aujourd’hui qu’il y a 1 an. Les montants levés se sont effondrés par rapport à la même période l’an dernier. » Thibaud Elzière, co-fondateur de l’emblématique start-up studio eFounders (devenu hexa) et business angel hyperactif en Europe, met le doigt sur ce qui pétrifie la Tech française : selon les données du site Dealroom, les start-up tricolores ont levé 875 millions de dollars (819 millions d’euros) en janvier 2023, en baisse de 72% par rapport à janvier 2022. La tendance amorcée mi-2022 se confirme de jour en jour. L’année dernière, après un premier semestre historique, porté par un mois de janvier record – les entreprises françaises avaient alors levé 10,6 milliards de dollars, dont 3,2 rien qu’en janvier – l’écosystème avait enregistré une chute vertigineuse de 52% des montants levés durant le second semestre.

Pas de quoi inquiéter les entreprises françaises de la cybersécurité. Le secteur a lui aussi souffert du contexte économique mais moins que d’autres. Entre le premier et le second semestre 2022, la baisse des investissements n’a été « que » de 28,7%, soit près de 2 fois moins que la moyenne. En octobre 2022, le secteur a même signé sa meilleure performance de l’année (103 millions de dollars levés), porté par l’augmentation de capital de Tehtris (44 millions d’euros), l’un de ses leaders. Début février 2023, c’était au tour de la jeune entreprise Riot, fondée par un Français aux États-Unis, de lever 12 millions d’euros pour accélérer le développement de ses programmes de sensibilisation des salariés aux enjeux de cybersécurité.

Un marché en forte croissance

Les entreprises du secteur peuvent compter sur un contexte qui leur est favorable. « Ces deux dernières années, de nombreuses initiatives ont été lancées par la France pour dynamiser l’écosystème dans le cadre du plan de relance de l’État en matière de cybersécurité« , doté d’un milliard d’euros, souligne le « Radar des startups cybersécurité » françaises 2022, réalisé par le cabinet Wavestone. « Cette stratégie vise à soutenir le développement d’un écosystème privé de fournisseurs de solutions souveraines et innovantes, qui permettent notamment de répondre aux besoins de cybersécurité des établissements de santé », souligne le ministère de l’Intérieur. Fin décembre, cette stratégie a encore été renforcée par l’annonce d’un « programme de préparation aux incidents cyber » alors qu’un « plan cyber pluriannuel massif » doit être annoncé au mois de mars.

Mais les entreprises du secteur ne peuvent compter sur les seules subsides publiques. « L’émergence de champions européens du cyber dépendra d’abord de la capacité des start-up à trouver un marché. Pour une start-up, mieux vaut avoir un carnet de commandes rempli, apprendre et croître avec ses clients plutôt que de recevoir des subventions », rappelle Marianne Tordeux-Bitker, directrice des Affaires publiques de l’association de start-up et investisseurs France Digitale. Cela tombe bien : les indicateurs sont au vert pour les entreprises du secteur. Selon les prévisions du cabinet Gartner, le marché des systèmes, services et logiciels de cybersécurité devrait connaître une croissance annuelle de 9,5% pour atteindre 345 milliards de dollars en 2026. L’explosion des cyberattaques contre les organisations privées comme publiques a accéléré leur prise de conscience sur la nécessité de se protéger et a donc logiquement dopé leurs dépenses en cybersécurité.

Les investisseurs sur le coup

Les investisseurs ne s’y trompent pas. À l’été 2022, alors que l’écosystème tech accusait le coup en constatant l’enlisement du conflit russo-ukrainien, le fonds de capital-risque Cyber Impact Ventures annonçait relever son objectif de levée de fonds. D’une cible initiale de 30 millions d’euros, il doublait carrément ses ambitions, à 60 millions, déjà fort d’engagements à hauteur de 20 millions. De son côté, le géant Tikehau Capital – notamment actionnaire de Tehtris – prévoit de lever pas moins de 500 millions d’euros, exclusivement dédiés au secteur de la cybersécurité, selon les indiscrétions de nos confrères de L’Informé. « La création de champions européens de la cybersécurité est une priorité pour nos investissements », affirmait ainsi le fonds pour expliquer le renouvellement de son soutien à Tehtris, à l’automne 2022. Il aura désormais les moyens de ses (grandes) ambitions.

Les start-up se bousculent pour profiter de cet appel d’air. Pas moins de 45 nouvelles entreprises ont ainsi été créées l’an dernier, selon le décompte tenu par Wavestone. Parmi les entreprises prometteuses, citons Elba, née dans la fabrique à licornes eFounders. Le start-up studio, qui a notamment vu grandir Aircall, Spendesk ou Yousign, a flairé le potentiel de croissance du secteur. L’entreprise, qui cherche des fonds, apparaîtra peut-être bientôt aux côtés des scale-up du secteur (des entreprises plus matures que les start-up), qui se sont multipliées ces derniers mois. Avec 24 scale-up contre 11 en 2021, le secteur exige également davantage de carburant pour nourrir son développement. La rencontre de l’offre importante de financements avec une demande toujours plus conséquente pourrait bien faire de la cybersécurité le secteur phare de la tech française cette année.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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ppio
il y a 1 année

Encore une bulle en formation ? Je travaille dans la cyber, et franchement, je n’investirai pas 1€ de mes fonds dans la cyber.