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Le start-up studio, nouveau terrain de jeu des investisseurs

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© Marc_Osborne via iStock

Investisseur ou entrepreneur, il ne faut pas toujours choisir. De plus en plus d'investisseurs se (re)lancent dans l'entrepreneuriat au sein de start-up studios, qui se nourrissent de leur fine connaissance des deux activités.

Les investisseurs s’ennuient-ils ? Patrick Amiel, business angel très actif dans la tech française, a lancé il y a quelques mois le start-up studio 321founded. En 2018, c’était Marc Ménasé, investisseur lui aussi bien connu des entreprises innovantes tricolores, qui créait son « venture studio », baptisé Founders Future. La particularité des start-up studios, notamment par rapport à des incubateurs, réside dans leur investissement initial : ils proposent une idée business à une équipe dédiée et s’associent au capital de l’entreprise ainsi créée. Faut-il voir dans l’essaimage de ces structures le signe d’un désœuvrement de ces investisseurs qui renouent avec l’entrepreneuriat ? Ou un engouement pour les start-up studios qui cristalliseraient le meilleur des deux mondes ?

Identifier les opportunités

La réponse se situe probablement entre les deux, dans la crainte de devenir de simples portefeuilles « déconnectés du réel », décrit Thibaud Elzière pour évoquer certains représentants de fonds d’investissement. Il sait de quoi il parle : à la tête de l’emblématique start-up studio eFounders, les 34 entreprises que celui-ci a lancées ont levé plusieurs centaines de millions d’euros pour une valorisation totale de plus de 5 milliards.

Cette crainte se double de la frustration de ne pas voir certains projets émerger, certaines problématiques se résoudre alors même que ces investisseurs auparavant entrepreneurs disposent de sacrés atouts. « On a pour nous la capacité d’exécution, de savoir traverser des déserts, fédérer une équipe, cracker un sujet, jouer de notre effet réseau pour trouver la bonne personne », liste Patrick Amiel. Au contraire, c’est parfois l’échec entrepreneurial qui nourrit les investissements fructueux. « Pas mal de projets dans lesquels j’investis sont en fait des sujets auxquels on a réfléchi chez eFounders mais qu’on n’a pas pu lancer pour diverses raisons », souligne Thibaud Elzière.

Des synergies évidentes

Cette double casquette d’investisseur-entrepreneur (ou l’inverse ?) présente des synergies évidentes. « En ayant investi dans 17 ou 18 entreprises, j’ai une idée de ce qui marche ou pas. Je sais évaluer le go to market« , avance Patrick Amiel. Même constat du côté de Thibaud Elzière, qui estime que « le métier de studio [l’]aide à affiner [son] intuition de ce qu’est un bon entrepreneur ». Avec 3 licornes sorties des rangs d’eFounders (Aircall, Front et Spendesk), soit 9% des entreprises créées par le start-up studio, les statistiques attestent que l’hybridation des compétences porte ses fruits.

Autre atout de ces entrepreneurs également investisseurs, la maîtrise de la chaîne de financement. « Nous dérisquons l’investissement en identifiant à chaque phase de développement les sujets à régler. Cela nous donne des informations sous forme de signaux faibles sur la façon dont les entreprises peuvent évoluer », indique le fondateur de 321founded. Et d’être à la fois hyper-conscients et donc attentifs aux exigences de futurs investisseurs, de plus en plus focalisés sur la rentabilité. « Avec la maturité du marché des logiciels, on ne peut plus bootstrapper et sortir un produit en 6 mois. Chercher la rentabilité à court terme n’est pas envisageable mais il faut trouver d’autres manières de se financer pour rassurer les investisseurs », constate Thibaud Elzière. eFounders a ainsi fait le choix pour l’une de ses dernières pépites de « co-designer » son produit avec des sparring partners. Ces premiers clients majeurs permettent de donner des gages aux financiers tout en devenant des testeurs du logiciel.

Quelques règles déontologiques

La double casquette présente aussi quelques défis, notamment pour éviter les conflits d’intérêts. Sur 200 investissements réalisés, il est arrivé 2 fois à Thibaud Elzière que des entreprises créées marchent sur les platebandes d’un de ses investissements, ou inversement. « En 2016, j’ai investi dans Notion alors que l’idée d’un logiciel plus adapté au travail collaboratif et mobile me travaillait. Et quelques mois plus tard naissait Slite… J’ai demandé au fondateur de Notion s’il souhaitait que je me retire mais il a refusé. »

Cette porosité entre l’investissement et la création d’entreprises pousse néanmoins les fondateurs de start-up studios à respecter quelques règles déontologiques pour éviter les couacs. « Il faut construire une certaine muraille de Chine parce qu’on privilégie forcément les sociétés qu’on crée. Lorsqu’une de mes participations a souhaité étendre ses activités sur les terres d’une de mes entreprises, j’ai demandé au fondateur de ne plus m’envoyer son rapport mensuel destiné aux investisseurs », note Thibaud Elzière. Chacun chez soi et la concurrence sera bien gardée.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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