Le média des entreprises qui construisent la société de demain

Philippe Moulia (Crepi) : « L’insertion est un levier important de fidélisation des salariés »

Philippe Moulia
© Crepi

L'insertion est l'affaire de tous car les changements rapides affectent l'emploi de chacun. Philippe Moulia, président du réseau Crepi, évoque le rôle des entreprises dans l'accès à l'emploi.

De nombreuses entreprises font face à une pénurie de candidats. Mais, de l’autre côté du miroir, certaines personnes éloignées de l’emploi ne parviennent pas à se réinsérer dans les circuits économiques. Depuis 30 ans, le réseau des Clubs régionaux d’entreprises partenaires de l’insertion (Crepi) fait le lien pour résoudre cette équation. Avec succès : 50% des 6 600 personnes accompagnées chaque année parviennent ensuite à trouver et garder un emploi. Philippe Moulia, président de la Fédération nationale des Crepi, évoque l’importance de l’insertion pour les publics accompagnés, les entreprises mais aussi l’avenir économique du pays.

Le réseau Crepi est dédié à l’insertion professionnelle. Qui accompagnez-vous ?

Philippe Moulia : Le public de l’insertion est très large. Il est loin de ne concerner que les personnes « des quartiers », qui représentent seulement 25 à 28% du public que nous accompagnons. Les seniors, les femmes en reprise professionnelle après une maternité, des personnes qui ont connu un accident de santé ou de vie… Du jour au lendemain, chacun peut se retrouver dans une précarité extrême. Les salariés en poste sont en grand danger d’obsolescence en raison de l’illectronisme. 17% des Bac +5 restent sur le carreau après leurs études… La politique de l’insertion a connu trop d’échecs en étant sectorielle sur le plan humain.

Est-ce un problème de formation ?

P.M. : Le diplôme n’est plus la clé ou le sésame pour entrer dans l’entreprise. Les études ne sont plus en adéquation avec ce que recherchent les entreprises. Le diplôme est une plateforme de connaissances. Ce sont les entreprises qui disposent des outils pour former. Aujourd’hui, elles recherchent un savoir-être afin de pouvoir former les collaborateurs efficacement.

Quel est le plus grand défi auquel les personnes en insertion doivent faire face ?

P.M. : Aujourd’hui, c’est un public en rupture économique. L’agilité est donc la première qualité pour faire face à une rupture mondiale, qui est celle de la fin du monde carboné. Si on veut réussir ce défi, si on veut le plein emploi, il va falloir que chacun sorte de sa zone de confort. On voudrait le monde d’avant sans les inconvénients du monde d’après !

Comment les entreprises peuvent-elles repousser les frontières de ce qu’elles connaissent ?

P.M. : L’emploi en France se fait au sein des TPE-PME, partout sur le territoire. Et ces entreprises ont envie de faire leur part, à leur niveau. Elles ne peuvent pas attendre que les salariés tombent du ciel ou penser que tout viendrait d’en bas. Aujourd’hui, le marché du travail n’est pas en mutation, il est en rupture, comme la planète.

Quelle est la solution ?

P.M. : Il faut que la passerelle entre le vivier de profils et l’emploi soit la plus courte possible. Pour rapidement les réinsérer dans des dispositifs économiques. Il faut que ces personnes reprennent confiance, leur donner des perspectives. Il y a une place pour tout le monde.

Comment vous y prenez-vous, concrètement ?

P.M. : D’abord, on recrute des entreprises adhérentes prêtes à s’investir. On demande 3 choses aux dirigeants : du temps, de l’argent et des emplois. Elles doivent être partantes pour s’inscrire dans la durée, pas juste pour gagner un macaron RSE. Ensuite, tout se fait par la rencontre. On ne regarde pas les CV, ils ne veulent rien dire. Nos chargés de mission, présents dans les clubs régionaux, rencontrent les personnes accompagnées. Analysent leurs points forts et leurs points faibles. Comprennent ce qu’elles ont fait, souhaitent faire, ne savent pas ou plus faire. Ils identifier ensuite les secteurs en tension, là où il y a des besoins de recrutement. Puis ils aident les personnes à se (re)former, parfois à envisager un autre métier.

Qu’est-ce que ces personnes apportent aux entreprises ?

P.M. : Les entreprises gagnent un collaborateur qui va donner le maximum. L’insertion constitue un levier important sur l’engagement et la fidélisation des salariés. Ça n’a pas de prix ! Mais l’insertion est encore associée à l’idée qu’elle est réservée aux personnes pas fréquentables. Il faut changer de paradigme. Aujourd’hui, le problème réside dans le regard de l’autre au sein de l’entreprise.

Biographie

Philippe Moulia a débuté sa carrière en 1983 en tant qu’entrepreneur dans l’immobilier. Il rejoint dès 1989 l’entreprise qui deviendra le groupe Eiffage. Au début des années 2000, il en devient le directeur commercial et prend la direction, 4 ans plus tard, de la branche Construction nord-Aquitaine. En 2021, l’entrepreneuriat le taraude à nouveau et il co-fonde alors Millésime Privé, une entreprise de séjours oenotouristiques. En parallèle de ces activités, il a intégré, dès 2008, le réseau Crepi et s’investit pleinement dans l’accès à l’emploi des personnes qui en sont éloignées. Il en assure la présidence depuis 2016.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

2
3

vous accompagnent chaque semaine sur Intelekto

le média dédié aux entreprises façonnant l’avenir de notre société

Recevez toutes les semaines
notre newsletter gratuite éditorialisée

* champs obligatoire

Rejoignez la discussion !

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires