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Au-delà des questions politiques, l’emploi des seniors est un sujet de leadership

Deux femmes discutant au bureau, assises devant des feuilles de papier. L'une d'elle a les cheveux blancs et des lunettes dans les cheveux, l'autre les cheveux bruns et porte des lunettes.
© jacoblund via iStock

Derrière la mobilisation contre la réforme des retraites, un sujet de fond : celui de l’emploi des seniors en entreprise. Certaines entreprises montrent l’exemple avec des initiatives en leur faveur.

52,1% : c’était le taux d’emploi des 55-64 ans en France en 2018, d’après un rapport remis au Premier ministre en 2020. C’est moins que dans le reste de l’Union européenne (58,7% en moyenne) ou de l’OCDE (61,4%). Parmi les raisons invoquées : le frein à l’emploi des seniors en entreprise. À ce titre, le rapport rappelle que la majorité des travaux publiés sur le sujet pointent du doigt la mauvaise représentation qui est associée aux personnes les plus âgées. « Elles sont perçues comme une charge, un problème à régler bien plus qu’une opportunité », peut-on lire.

Les obstacles à l’emploi des seniors

Parmi les voix qui s’élèvent contre le maintien des seniors en entreprise, on retrouve celles qui opposent l’évolution technologique à leur capacité d’adaptation, leur manque de productivité, l’augmentation des salaires en fonction de l’expérience, ou encore la pénibilité de l’emploi. Tout ceci se traduit dans la part dans l’emploi salarié des 50 ans et plus selon les secteurs. Alors qu’elle peine à atteindre 25% dans la construction, par exemple, elle dépasse les 35% dans les « activités de service ».

Mieux gérer la « 2e partie de carrière »

Le rapport remis au Premier ministre émet plusieurs recommandations pour faciliter le maintien des seniors en entreprise. Parmi celles-ci, une meilleure gestion de la « seconde partie de carrière », dès 45 ans. Un âge qui serait idéal pour activer les leviers nécessaires pour poursuivre sa trajectoire professionnelle, voire transitionner vers un autre parcours. Pour y parvenir, certains outils sont déjà là, à l’instar de l’entretien professionnel ou du bilan de compétences. Bien qu’inscrit dans la loi du 5 mars 2014, l’entretien professionnel n’est pas proposé partout. En 2015 et 2016, seules 57% des personnes présentes depuis plus de 2 ans dans leur entreprise en ont bénéficié. Là encore, il convient de souligner les inégalités : cette proportion monte à 75% dans les organisations de plus de 250 personnes, et tombe à 25% dans les TPE.

Réinventer la formation

Accompagner la 2e partie de carrière des 50 ans et plus pourrait passer par plus de formations. Problème : le sujet attire peu les personnes concernées. Dans une enquête de 2016, la Dares notait que près des trois quarts des 55 ans et plus ne souhaitaient pas suivre de formation, et 85% estimaient ne pas en avoir besoin. D’après le rapport, cette attitude pourrait être le reflet d’une baisse de l’investissement professionnel, à l’approche de la retraite.

Certaines entreprises prennent le sujet à bras le corps, et choisissent de former leurs seniors autrement. C’est le cas de Danone, à travers son programme Octave, par exemple. L’objectif ? Tirer parti de toutes les générations de l’entreprise. Au programme : un séminaire de transformation, des échanges intergénérationnels mais aussi interentreprises, des conférences, des activités en équipe, un partage de bonnes pratiques… Et d’après l’organisation, les résultats sont au rendez-vous : plus de 240 personnes ont participé à la 11e édition. Elles noteraient plus d’engagement et une meilleure compréhension des enjeux en interne, mais aussi un rayonnement en externe en termes d’inclusivité.

Lutter contre les discriminations et partager une meilleure représentativité

Un sondage Elabe de décembre 2019 rapportait que 87% des Français et Françaises estimaient que les seniors étaient victimes de discriminations dans le monde du travail. Le rapport souligne que ces discriminations reposent sur des clichés et ont un impact négatif direct sur la productivité. Pourtant, toujours d’après Elabe, nous serions plus de 70% à citer l’expérience et la transmission de savoir-faire comme des apports positifs des seniors au sein de l’entreprise. Valoriser leurs compétences apparaît donc comme une nécessité pour lutter contre les clichés. Une mission dont s’est emparé le Club Landoy. Ce think tank dédié à la révolution démographique rassemble entreprises et structures engagées, avec l’ambition de proposer de nouvelles approches pour faire du vieillissement de la population « une chance civilisationnelle ». En mars 2022, 32 entreprises ont ainsi signé le premier acte d’engagement interentreprises concernant la place des salariés de plus de 50 ans. On y retrouve Bayard, L’Oréal, EDF, BNP Paribas, Renault ou encore les Galeries Lafayette. Au total, ce sont 10 engagements (autour du recrutement, de la formation, du maintien dans l’emploi, de l’accompagnement des évolutions de carrière, du bien-être au travail, du départ à la retraite et de la sensibilisation aux stéréotypes liés à l’âge) qui doivent faire changer la donne. Rendez-vous dans quelques mois pour la première rencontre annuelle, qui doit permettre à ces entreprises pionnières de partager leurs bonnes pratiques.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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