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Pour un cloud souverain, il faut des investisseurs européens

Pour un cloud souverain, il faut des investisseurs européens
© nevarpp via iStock

Si l’Europe veut faire jeu égal avec les États-Unis dans le cloud, elle va devoir trouver les ressources financières locales capables de soutenir ses futurs champions.

« Est-ce que nous aurons un cloud totalement souverain d’ici 5 ans ? Je crois que ce n’est pas vrai de se le dire, parce qu’on a pris beaucoup de retard. » Le 12 octobre 2021, lorsqu’il présente son plan d’investissements publics France 2030, le Président de la République pèse ses mots. Certains le taxent de défaitisme, d’autres louent au contraire son réalisme. « Le cloud européen existe et il est relativement dynamique, au même titre que l’écosystème cybersécurité », nuance aujourd’hui François Lavaste, directeur d’investissement de l’équipe Cybersécurité de Tikehau Capital. « Mais il a davantage de retard. »

Depuis le discours d’Emmanuel Macron, les acteurs français et européens du cloud se sont mobilisés pour afficher leur savoir-faire et démontrer qu’un cloud vraiment souverain – notamment par opposition au cloud « de confiance » défendu par le gouvernement – était possible. Mais pour nourrir cette dynamique, encore faut-il du carburant.

« La différence d’investissements entre l’Europe et les États-Unis, c’est un facteur 10 aujourd’hui chez les acteurs privés », analysait le locataire de l’Élysée en 2021. Le programme Tibi, annoncé fin 2019, devait pourtant permettre de rattraper en partie ce retard en faisant ruisseler les milliards des banques et assurances sur les fonds de capital-risque. Le deuxième volet, prévu pour cette année, cristallise toutes les attentions.

Changer d’envergure

Car c’est là l’un des points cruciaux de la stratégie cloud française et européenne : disposer localement de suffisamment d’investisseurs non seulement spécialisés mais aussi suffisamment bien dotés pour créer des géants souverains. Or combien de fonds européens sont aujourd’hui capables de miser plusieurs centaines de millions d’euros sur une entreprise ?

Une récente note d’analyse signée Gilles Babinet et Olivier Costes pour l’Institut Montaigne explique cet écart de moyens entre les fonds européens et américains. « La rentabilité élevée des fonds américains est tirée par les exits, c’est-à-dire la cession des startups de leurs portefeuilles. Les valeurs des exits en Europe sont pénalisées par l’absence de champions européens, d’une part et par la prise en compte des risques de restructuration par les acquéreurs d’autre part […] Les fonds européens sont donc moins rentables, et attirent moins d’investissements que les fonds américains. Trois fois moins. »

Les fonds européens doivent résoudre cette équation pour espérer retenir sur le continent les futurs champions du cloud. L’investisseur de Tikehau cite ainsi en exemple la licorne israélienne Wiz, « créée en 2020, qui vient de lever 300 millions de dollars sur la base d’une valorisation de 10 milliards ». Le cinquième tour de table de l’entreprise en seulement 3 ans d’existence. À côté, les 140 millions de dollars levés l’année dernière par la pépite tricolore du cloud Platform.sh fait pâle figure… La différence ? Le capital de la première est majoritairement américain quand la seconde a fait le choix d’investisseurs européens.

Un pragmatisme payant ?

François Lavaste se montre toutefois confiant sur le fait que l’Europe saura combler son retard. La multiplication des start-up qui innovent dans le secteur du cloud devrait mathématiquement voir naître quelques très bons éléments. Suffisamment bons en tout cas pour créer une émulation et inciter les investisseurs à se préparer. « L’adoption du cloud présente tellement d’intérêt pour les entreprises qu’il y a fort à parier que de nouveaux acteurs positionneront leurs offres. Il y a un vrai besoin, donc des réponses vont émerger. »

Les start-up répondent présentes, à l’instar d’Astran, qui sécurise les données dans le cloud et a obtenu le premier prix du concours de start-up organisé dans le cadre du FIC. L’écosystème gagne en maturité, comme en témoigne l’entrée en Bourse d’OVH à l’automne 2021, qui lui a permis de lever près de 400 millions d’euros. Et les industriels du secteur sont prêts à effectuer des acquisitions, condition sine qua non pour faire décoller les investissements. « Le rachat par un industriel est l’exit que nous privilégions. Or, il y a aujourd’hui un fort besoin d’innovation chez les industriels », se réjouit François Lavaste. Les planètes sont donc alignées pour que le cloud européen souverain prenne toute la place qui lui revient.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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