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Levées de fonds : le temps de la responsabilité

En 2023, les levées de fonds ont chuté en France
© Markus Spiske via Unsplash

La hausse des taux a freiné l'engouement des investisseurs. Et obligé les start-up à ne pas compter forcément sur une levée de fonds pour se développer.

Coup de tonnerre pour la French Tech. Après 10 ans de croissance ininterrompue des levées de fonds, l’année 2023 marque « une rupture », selon le Baromètre EY du capital risque en France. Avec 8,3 milliards d’euros levés (-38% par rapport à 2022) et 715 tours de table (-3%), l’année 2023 marque une chute inédite des investissements. Et le retour sous le seuil symbolique des 10 milliards d’euros levés au-dessus duquel l’écosystème lévitait depuis 2 ans.

À blâmer : l’inflation conjuguée à la hausse des taux, qui ont freiné l’enthousiasme des investisseurs. Alors que même le Covid n’avait à l’époque pas réussi à faire plonger le bilan de la French Tech… « Les taux bas ont habitué les consommateurs comme les entreprises au crédit gratuit, constate Arnaud Marion, créateur de l’Institut des Hautes Études en Gestion de Crise (IHEGC). Plus personne n’a l’habitude de payer l’argent ! Aujourd’hui, les investisseurs sont plus regardants et rembourser un emprunt coûte cher. »

Lever moins mais mieux ?

Principales victimes de ce changement de braquet ? Les tours les plus importants, ceux supérieurs à 50 millions d’euros. En 2023, la France n’en a dénombré que 31, soit 47% de moins que l’année précédente. Et ils ont totalisé 3,8 milliards d’euros, en baisse de 53%. Au contraire, le nombre de tours plus modestes a légèrement augmenté (684, +1%) et les montants levés ont subi une baisse plus modérée (de « seulement » 15%). Preuve que les entrepreneurs apprennent à lever moins mais mieux ? Pas nécessairement car le baromètre d’EY rappelle que « cette tendance est à mettre en perspective avec la baisse des valorisations, considérable sur les séries C et beaucoup plus limitée pour les tours inférieurs ».

Néanmoins, l’année 2023 consacre l’inversion du rapport de forces entre entrepreneurs et investisseurs. Après les années dorées où il était clairement à l’avantage des premiers, il a fini par basculer. Et les conditions de marché rendent désormais les levées de fonds moins intéressantes pour les jeunes entreprises, qui retardent l’échéance ou s’orientent vers un horizon de rentabilité plus proche. Le temps de la responsabilité est venu : le carburant d’une entreprise doit résider dans les bénéfices qu’elle génère. La fin de l’argent gratuit signifie aussi le retour aux basiques économiques.

Investir dans le changement sociétal

L’ère de la responsabilité se traduit également dans les secteurs les plus porteurs. Là aussi, c’est une (petite) révolution à l’échelle de la French Tech. Pour la première fois, c’est le secteur des GreenTech qui occupe la première place du classement. L’engouement des investisseurs pour les technologies liées à la transition écologique ne s’est pas démenti, avec +30% en valeur (2,7 milliards d’euros) et +44% en volume. Il supplante les logiciels, qui accusent, eux, une chute de 40% en valeur (2,1 milliards d’euros) et 10% en volume. Alors même que les projets dans le domaine de l’intelligence artificielle se multiplient… Autres grands perdants de l’année, les « services internet », qui voient les investissements plonger de 66%.

Exit donc les investissements dans les « crypto-choses« , les modèles spéculatifs et les promesses de solutionnisme technologique. Investisseurs et entrepreneurs sont revenus à la raison, parfois de manière violente comme en témoignent les plans de licenciement qui se multiplient dans la French Tech. Reste à savoir si cette rationalité peut résister à un contexte économique moins contraint. « L’année 2024 devrait être intéressante, conjuguant montée en puissance des drivers de croissance sectoriels (IA, Greentech) et baisse annoncée des taux, ce qui devrait garantir une accélération des investissements pour la FrenchTech », estime Franck Sebag, associé EY. Lorsque les cordons de la bourse se desserreront, entrepreneurs et investisseurs sauront-ils garder la tête froide ?

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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