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« Les entreprises qui ouvrent leurs données attirent les meilleurs innovateurs »

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Pour les entreprises, l'open data constitue un terrain miné qui peut pourtant les aider à innover et se développer.

Ouvrir ses données ? Jamais ! Pour de nombreuses entreprises, donner accès à leurs données revient à dévoiler leur recette secrète. Spoiler alert : non. La marche du monde plaide pour que les données, y compris celles des entreprises, soient plus facilement accessibles. Aux entreprises d’en rester maîtresses en choisissant à qui elles les confient et selon quelles modalités. C’est toute l’idée derrière Opendatasoft, une start-up qui a développé une plateforme de gestion et de suivi des données. Pour que l’open data ne soit pas un open bar de données. Jean-Marc Lazard, co-fondateur et président de la société, détaille ce que les entreprises ont à y gagner.

Quelle réalité recouvre l’open data – ou ouverture des données – pour les entreprises ?

Jean-Marc Lazard : La définition de l’open data, c’est qu’un maximum de personnes – consommateur, citoyen, collaborateur – puisse consommer des données avec le moins de contraintes techniques, juridiques ou économiques possibles. Les entreprises participent à l’open data dans 2 sens. D’abord en étant consommatrices. Les compagnies d’assurance consomment les données disponibles pour enrichir leur évaluation du risque climatique, les marketeurs pour améliorer leur prospection commerciale… Et puis elles partagent certaines de leurs données non sensibles, comme par exemple la liste des points de vente d’un commerçant. Cela peut faciliter la re-consommation de ces données par l’écosystème, comme les GPS.

Les entreprises sont-elles vraiment prêtes à ouvrir l’accès à leurs données ?

J.-M. L. : Le terme « open » peut faire tiquer. Elles ne souhaitent évidemment pas partager tout et n’importe quoi. Or il existe des possibilités de partage plus privatif : les données ne sont pas totalement ouvertes mais mises à la disposition des collaborateurs ou des partenaires sur des portails de données, dans le cadre de l’entreprise. Il faut ainsi plutôt raisonner par cercles. Une fois que la donnée est créée, elle est disponible au sein d’un cercle privatif, puis partagée dans des conditions maîtrisées. La même donnée peut passer d’un cercle à un autre avec une granularité différente. Prenez les données issues d’un compteur électrique : prises séparément, elles sont réservées à l’utilisateur ; mais agrégées en open data ou partagées avec des partenaires sans que leur identification soit possible, elles connaissent une nouvelle vie, permettent l’élaboration de statistiques sur la consommation électrique, etc.

Comment une entreprise peut-elle identifier quelles données partager ?

J.-M. L. : Les entreprises doivent se poser la question de ce qui, dans les données qu’elles gèrent, peut être utilisé pour améliorer le service aux clients. Entre 50 et 80% des données des entreprises ne servent qu’une seule fois. Il est donc essentiel de trouver de nouveaux cas d’usage, de mettre en place une plateforme pour consommer ces données autrement.

Quels avantages les entreprises tirent-elles de cette re-consommation de leurs données ?

J.-M. L. : Il faut visualiser les données comme un grand plat de spaghettis dans lequel piochent les logisticiens, les fournisseurs, les clients… L’ouverture des données permet de les faire circuler dans cet écosystème tout en maîtrisant et en supervisant leurs usages. Les données deviennent un produit ou un contenu éditorial, dont l’entreprise peut connaître la popularité, mesurer la consommation et suivre leur réutilisation. Certaines données sont ainsi peu utilisées mais par des partenaires-clés. Cela permet de comprendre et d’améliorer l’offre data puis les services qui en sont issus.

Est-ce un levier de compétitivité pour les entreprises ?

J.-M. L. : Partager les données, c’est partager les connaissances… et donc attirer les talents. Les entreprises qui ouvrent leurs données attirent les meilleurs innovateurs qui vont se saisir de cette information pour adapter la conception des produits. Cela place ces entreprises dans une position de leadership au sein de leur écosystème. Elles deviennent pionnières dans leur démarche de démocratisation d’accès à leurs données.

Quel est le plus grand défi de l’open data pour les entreprises ?

J.-M. L. : Un défi d’acculturation. Dans les PME et ETI, les bénéfices de l’ouverture des données sont rapides mais les dirigeants ne sont pas toujours très au fait des possibilités. Ils ne voient l’intérêt de l’ouverture des données que s’ils utilisent des solutions qui présentent la même expérience utilisateur que les services qu’ils utilisent dans la vie courante. Le challenge est donc de permettre à des gens peu avertis d’accéder aux données de façon efficiente. Et c’est d’autant plus crucial que les entreprises mettent sur pied des stratégies liées à l’intelligence artificielle. Or si l’on veut nourrir une IA, il faut structurer l’accès à des sources de données.

Biographie

Spécialiste en mathématiques, Jean-Marc Lazard a exercé près de 20 ans dans les SI avant de fonder, en 2011, la start-up Opendatasoft. Celle-ci a développé une plateforme de gestion des données qui aide les entreprises à partager leurs données avec leurs partenaires, leurs fournisseurs, leurs clients ou la société civile.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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