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Les nouveaux enjeux du cloud

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Porte-étendard des défenseurs d’un web souverain, le cloud est au centre de l’attention. Mais les défis à relever vont au-delà des enjeux de souveraineté.

79% des internautes ont téléchargé, créé, partagé ou stocké des données dans le cloud sur les 5 premiers mois de 2022, révèle Netskope dans un récent rapport. Une proportion en constante augmentation qui explique pourquoi le cloud est sous les feux des projecteurs, et attise les convoitises. Dans le cadre du plan d’investissement France 2030, l’État a identifié le cloud comme étant l’un des marchés les plus prometteurs. Les experts estiment ainsi que les technologies cloud pourraient représenter un chiffre d’affaires équivalent à celui du secteur des télécommunications d’ici 2030 – soit plus de 36 milliards d’euros – et créer de nombreux emplois en Europe.

Cap sur la souveraineté

En plus de l’enjeu économique, le cloud est un véritable sujet de souveraineté. Les acteurs locaux en ont bien conscience et les initiatives pour contrer l’offensive des Gafam se multiplient. À l’instar de celle menée par Oodrive, Tixeo et Olvid qui ont choisi de s’unir pour développer une plateforme collaborative combinant leurs expertises respectives (partage de documents, visioconférence et messagerie instantanée chiffrée). L’objectif : proposer d’ici fin 2023 une solution souveraine qui puisse remplacer Microsoft Teams et sortir des législations extraterritoriales, en particulier du Cloud Act. Cette législation permet aux États-Unis de consulter les données hébergées par n’importe quel acteur américain, peu importe leur localisation. C’est pourquoi les 3 acteurs entendent cibler en priorité les opérateurs et les secteurs les plus stratégiques pour la France. L’un de leurs meilleurs arguments ? Être certifiés par l’Anssi.

Alerte cyber

Car l’une des grandes faiblesses du cloud aujourd’hui, c’est d’être soumis à toutes sortes de failles en matière de cybersécurité. L’Anssi indiquait en mars 2022 que l’augmentation des cyberattaques recensées en 2021 était aussi due au fait que les pirates ont su « tirer profit des nouveaux usages numériques souvent mal maîtrisés tels que le cloud à des fins lucratives et d’espionnage ».

Même constat chez Netskope dans son rapport d’août 2022, qui note que les téléchargements malveillants dans le cloud ne cessent d’augmenter. Les applications natives et les drives sont ainsi utilisés par les hackers pour organiser des campagnes de phishing, notamment via des documents PDF corrompus. En tête des sites de téléchargements de logiciels malveillants, on retrouve Weebly et Microsoft OneDrive, suivis par Azure Blob Storage. L’un des atouts du cloud, sa puissance de calcul, intéresse particulièrement les cyberattaquants : ils détournent cette puissance de calcul pour miner des cryptomonnaies.

Les géants du cloud sont bien conscients de ces failles. C’est d’ailleurs ce qui a poussé Google à débourser 5,4 milliards de dollars pour acquérir Mandiant, l’une des entreprises de cybersécurité les plus réputées. De son côté, Microsoft a débloqué 20 milliards de dollars en 5 ans pour sécuriser ses produits.

Le système pair à pair au secours de l’environnement ?

L’autre défaut du cloud qui fait parler, c’est son empreinte environnementale. Dans son rapport d’août 2021, le Giec pointait directement du doigt ces services, et invitait les professionnels à se questionner sur l’utilisation qu’ils en font. Un sujet qui alertait déjà des chercheurs suédois en 2017, qui à l’occasion d’une conférence dressaient des prévisions peu réjouissantes : d’après eux, d’ici 2025, le secteur pourrait bien être responsable de 20% de la consommation d’électricité mondiale et de 5% des émissions de CO2. Si le cloud pollue autant aujourd’hui, c’est que les datacenters nécessaires au stockage des données se multiplient. Avec le sentiment d’une capacité de stockage infinie, les données sont stockées, partagées et dupliquées allègrement.

Des enjeux dont ont bien conscience certains nouveaux acteurs, à l’instar de Hive, un cloud décentralisé. Le principe : utiliser la capacité inutilisée de certains ordinateurs pour la fournir à d’autres. Un moyen de « rééquilibrer internet », selon les termes de son fondateur David Gurle, mais aussi de réduire la consommation d’énergie du cloud. Reste à voir si le mouvement séduira d’autres solutions, y compris les plus grosses, qui préfèrent pour l’instant communiquer sur les technologies de refroidissement utilisées dans leurs datacenters ou leurs dispositifs de compensation carbone.

Mélanie Roosen & Géraldine Russell

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